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résumé détaillé en rappelant le titre de la source
Voici le résumé détaillé de la source, en rappelant son titre :
Le document est tiré d'extraits de la transcription de la vidéo YouTube intitulée « Bleu: la couleur préférée de tout le monde ou presque... | L'Histoire nous le dira # 301 ». Cette analyse retrace l'évolution historique et culturelle du bleu, de son absence dans l'Antiquité à son statut actuel de couleur dominante en Occident.
I. Introduction et Origines du Bleu
Le bleu est la couleur préférée des Occidentaux (hommes et femmes) depuis la Première Guerre mondiale, selon les enquêtes d'opinion. Cependant, cette popularité est le fruit d'une longue construction culturelle, sociale, et historique.
Le terme « bleu » dérive d'anciennes langues germaniques, où blao signifiait à l'origine pâle, livide, ou blanchâtre. Malgré cette imprécision, il existe des termes beaucoup plus spécifiques pour désigner ses nuances, tels que indigo, saphir, lavande, cobalt, lapis-lazuli, ou marine. Le bleu a la particularité de pouvoir être à la fois sombre comme la nuit et clair comme un ciel d'été.
II. L'Absence dans l'Antiquité et les Problèmes de Pigmentation
Contrairement au rouge, dont l'histoire commence dans la préhistoire, l'histoire du bleu commence au Moyen-Âge. Durant l'Antiquité et le début du Moyen-Âge, le bleu n'était pas populaire du tout.
Bien que présente dans la nature (ciel, eau, fleurs), la couleur était si absente de l'Antiquité occidentale que la question de la capacité des ancêtres à la voir fut soulevée, bien que la conclusion indique que le problème résidait dans la maîtrise du pigment.
Le Statut de Couleur « Barbare » : Les Celtes et les Germains utilisaient déjà la guède (une plante) pour teindre les étoffes et se maquiller le corps. Par conséquent, pour les peuples considérés comme civilisés à l'époque, le bleu était associé à la barbarie de ces peuples du nord, ce qui explique en partie le manque d'engouement.
Coût des Teintures : Le procédé d'extraction de la guède (nécessitant séchage et fermentation) rendait la teinture obtenue, nommée pastel, extrêmement dispendieuse. L'intensité et la permanence de cette teinture ne furent mieux maîtrisées qu'au XIIe siècle. Une autre matière colorante, l'indigo (connue depuis le néolithique), était également dispendieuse car importée (notamment d'Inde). L'indigo ne devient plus abordable qu'au XVIe siècle, avec le développement des routes commerciales et de l'esclavagisme, et supplante alors la guède et le pastel.
Au début du Moyen-Âge, les cours d'Europe préféraient largement le rouge, la couleur du pouvoir, et le bleu était absent de la liturgie chrétienne.
III. La Révolution du Bleu au XIIe Siècle
La révolution du bleu est située au XIIe siècle.
Ascension Religieuse :
• Lumière Divine : Dès le IXe siècle, le bleu est utilisé dans l'art (enluminure) pour servir de fond de mise en lumière pour les illustrations, car la lumière est perçue comme une manifestation de la présence de Dieu.
• Art Gothique : Au XIIe siècle, avec l'art gothique, on cherche à matérialiser le lien entre le terrestre et le divin. La lumière est sublimée par les vitraux (comme à la basilique-cathédrale de Saint-Denis en 1140 et à la Sainte-Chapelle un siècle plus tard) où le bleu prend une place de choix.
• Le Culte Marial : Le culte de la Vierge Marie se développe également au XIIe siècle. Alors qu'elle était initialement illustrée avec des couleurs sombres (noir, brun, gris ou bleu foncé), le bleu prend le dessus et s'éclaircit, devenant lumineux à l'instar des vitraux. Marie est considérée comme une « influenceuse avant son temps ».
L'Adoption Royale :
• Héraldique (Azur) : En héraldique, le bleu se dit Azur. Sa popularité explose : il passe de 5 % des blasons à la fin du XIIe siècle à un tiers au début du XVe siècle.
• Couleur de la France : À partir du XIIIe siècle, les armoiries du roi de France sont d'azur semé de fleurs de lys d'or. Le roi Philippe Auguste fait ce choix pour ses armoiries (alors que les monarques carolingiens préféraient le rouge), en référence directe au culte de la Vierge, protectrice du royaume.
• Chevalerie : Dans les romans de chevalerie, le chevalier bleu symbolise la loyauté et la fidélité.
IV. Le Bleu dans les Âges Modernes
La Réforme Protestante : Malgré la résistance du rouge, le bleu continue de gagner en importance. La Réforme protestante (XVIe siècle) s'oppose à l'ostentation catholique et privilégie le noir, le gris et le blanc. Le bleu s'en sort bien car, n'étant pas associé à la liturgie catholique et étant de mode récente, il est considéré comme neutre et sans danger moral, pouvant être porté par tous.
Science et Technique :
• Newton (XVIIe siècle) : La découverte du spectre lumineux par Isaac Newton en 1666 remet en question le classement d'Aristote (qui servait de référence depuis des siècles). Le bleu se retrouve coincé entre le vert et l'indigo.
• Imprimerie (XVIIIe siècle) : Jacob Christophe Leblond invente la gravure en couleur, en ayant l'idée de superposer le rouge, le bleu et le jaune lors de l'impression, ces trois couleurs pouvant créer toutes les autres et bouleversant ainsi le monde chromatique.
Mode et Institutions : Au XVIIIe siècle, le bleu, avec le noir et le gris, est une des trois couleurs les plus portées. Les femmes adoptent d'abord les nuances de plus en plus pâles rendues possibles par les progrès de la teinturerie. Les Romantiques au XIXe siècle l'associent à la mélancolie et au rêve.
Au XXe siècle, le bleu se répand dans la sphère institutionnelle, ce qui était noir devient souvent bleu marine (pour les uniformes civils et militaires). C'est une couleur rassurante et pacifique, choisie par l'ONU pour les militaires du maintien de la paix (les casques bleus).
V. Le Jeans et le Bleu Contemporain
L'omniprésence du bleu dans la garde-robe moderne est largement due aux jeans.
• Ce vêtement, parmi les plus portés en Occident, est né aux États-Unis vers 1850 durant la ruée vers l'or. Levi Strauss a choisi le Denim, une serge européenne teinte à l'indigo.
• Le terme Denim vient de Nîmes, France.
• Aujourd'hui, 70 000 tonnes d'indigo synthétique sont utilisées chaque année pour teindre le jean. Le jean cesse d'être un simple vêtement de travail pour devenir un vêtement de loisirs dès les années 1930.
VI. Symbolisme et Curiosités
• Politique : Le bleu fait consensus et est la couleur choisie par les partis conservateurs.
• Mélancolie : Le terme « blues » (et le Blue Monday, le troisième lundi de janvier) fait référence à cet état mélancolique et douloureux.
• Association au Froid : L'association du bleu au froid est très récente, datant seulement du XIXe siècle. Interpréter l'art de la Renaissance avec cette notion serait anachronique.
• Sang Bleu : L'expression fait référence aux aristocrates dont la peau, maintenue très blanche (voire diaphane) selon les canons de beauté, laissait entrevoir les veines, contrairement aux classes inférieures au teint hâlé par le travail extérieur.
• L'Heure Bleue : Au XIXe siècle, cela désignait le moment qui chevauche le jour et la nuit, où les travailleurs quittaient leurs bureaux pour aller boire (oublier leurs soucis dans l'alcool) au lieu de rentrer chez eux.
• Bleu de Méthylène : Ce colorant synthétique (inventé à la fin du XIXe siècle à partir du goudron de houille) était utilisé dans les pharmacies de maison pour une foule de problèmes de santé, même si ses propriétés thérapeutiques ne sont pas avérées dans la majorité des cas.
• Le Salon Bleu du Québec : Le salon de l'Assemblée nationale du Québec était vert à l'origine jusqu'en 1978. Lorsque les débats ont commencé à être télédiffusés, le bleu a été privilégié car le vert passait mal à l'écran.