SOUVENIRS DE L'OCCUPATION ET DE LA "LIBERATION" DE LA BELGIQUE (1940~1947)

PRÉFACE de Vincent Reynouard Dès 1948, Maurice Bardèche constatait : Nous vivons depuis trois ans sur une falsification de l'histoire. Cette falsification est adroite : elle entraîne les imaginations, puis elle s'appuie sur la conspiration des imaginations. On a commencé par dire: voilà tout ce que vous avez souffert, puis on dit : souvenez-vous de ce que vous avez souffert. On a même inventé une philosophie de cette falsification. Elle consiste à nous expliquer que ce que nous étions réellement n'a aucune importance, mais que seule compte l'image qu'on se faisait de nous. Il paraît que cette transposition est la seule réalité1• Cet état de fait, je l'ai constaté à bien des reprises, quand au cours d'enquêtes, je parlais avec des personnes qui avaient connu l'occupation de la France entre 1940 et 1944. Celle-ci commençaient toujours par me dire : << On vivait dans la terreur. Les Allemands organisaient une ré pression féroce, ils pillaient la France, ils perquisitionnaient, ils prenaient des otages, ils fusillaient, ils déportaient ... ». Puis lorsque je leur demandais : « Mais vous, qu'avez-vous vu dans votre village, autour de chez vous ? ))' le discours changeait subitement : « Oh ! chez nous, les Allemands n'étaient pas méchants. On les voyait à peine, et quand on les voyait, ils étaient polis et parfois même bien veillants )), Suivaient des anecdotes drôles ou touchantes : 1 ·voy. Nuremberg ou la Terre Promise (Éditions des Sept Cou leurs, 1948) ; pp. 9-1 O. là, tel allemand s'échinaient à apprendre ·le français, provo quant des éclats de rire lorsqu'il commettait des fautes ; ailleurs, un Allemand avait plongé dans la rivière pour sau ver un enfant qui se noyait ... Cette dichotomie dans le dis cours me fit comprendre qu'une histoire partiale, imposée au peuple, avait remplacé l'histoire vraie. A la réalité de l'occupation, les vainqueurs avaient substitué une image fausse, issue généralisations abusives et de mises hors contexte. Aujourd'hui encore, de nombreuses personnes pour raient parler. Beaucoup cependant se taisent, méme dans le cercle familial, de peur d 'étre traitées de << fascistes 11 ou << de << collabos "· De plus, dans une société où le politiquement correct 11 règne en maître tyrannique, leur témoignage n'intéresse ni les historiens, ni les enseignants, politiquement engagés ou soucieux de garder leur place. Quant aux jeunes, ils ne rencontrent que les << témoins 11 envoyés dans les établissements par les associations offi cielles (FNDIRP, ADIF, ANA CR. .. ). En tant que révisionniste engagé, j'ai eu la chance de parler avec quelques-uns de ces témoins oubliés, ren contrés au hasard ou que l'on m'a présentés dans les mi lieux que je côtoie. Un vieillard qui va tous les dimanches à la messe se révèle être un ancien lieutenant de Léon Degrelle : il vous parle des attentats communistes de l'époque ; un autre a été déporté à Auschwitz : il raconte avoir vu, lors de l'évacuation du camp, un Juif en uniforme en tuer un autre avec une arme sortie d'on ne sait où ; un ancien Waffen SS vous dit que dans son unité, il y avait des Tziganes et que ceux-ci étaient appréciés pour leur dé brouillardise et leur aptitude à manier l'arme blanche lors d'attaques surprises. Tous vous expliquent les raisons de leur engagement (motivations idéologiques, concours de circonstance ou en vie d'aventure lointaine) et quels furent leur rève. Les écouter permet de comprendre que l'histoire n 'est pas une pièce de théâtre manichéenne, avec d'un côté les bons, les  purs, les déintéressés et de l'autre les méchants incapa bles d'un sentiment noble ou d'une bonne action. Cela permet également de comprendre que, dans les moments de vives tensions, les actions humaines ne sont pas tou jours conformes à la raison et au calcul. Les jeunes se raient ainsi surpris d'apprendre que M. A ... , natif de Hon fleur, s'est engagé dans la Waffen SS après avoir en vain essayé de gagner. .. l'Angleterre. Il était jeune et rêvait d'aventure. Ils seraient également surpris d'apprendre qu'en 1945, une jeune rexiste qui avait travaillé en Allema gne, Mme V ... , déclara, devant une commission d'Épuration : << Je suis partie pour contribuer à la victoire du national-socialisme». Elle ne dut son salut qu'à un épura teur qui, la prenant pour une hystérique, la fit jeter de hors ... Pendant ce temps, de pauvres fùles dont le seul « crime " avait été de tomber sous le charme de jeunes sol dats allemands étaient tondues, frappées, violées et parfois tuées. Un jugement objectif sur l'Histoire européenne des an nées 1930-1950 aurait pu être formulé si, en 1945, les vaincus avaient pu s'exprimer librement et défendre leur engagement, devant des commissions intetnationales neu tres par exemple. Mais il n'en fut pas ainsi : à la place de commissions neutres,. on vit des tribunaux qui décidaient de la vie et de la mort et au sein desquels tout débat était impossible. En France, par exemple, le maréchal Pétain et PieiTe Laval, furent hâtivement condamnés à mort en 1945, entraînant ainsi la condamnation du régime de Vichy. Dès lors, comme l'a justement fait remarquer l'avocat Jean Montigny: Les autres accusés de la Haute Cour se sont ( ... ] trouvés dans une situation morale fort pénible : ils n'ont pu espérer se faire absoudre ou excuser que dans la mesure où ils ont renoncé à justifier le régime et la politique qu'ils avaient setvis, dans la mesure où ils ont allégué et établi qu'ils s'étaient opposés ou dérobés aux ordres et aux lois de leur propre gouvemement ( ... ]. On pouvait être excusé comme rebelle. On était coupable à priori comme fidèle'. Il en fut de même en Allemagne. Le << procès ~~ de Nurem berg ayant entraîné la condamnation du national socialisme, les inculpés n'avaient qu'une seule possibilité pour sauver leur vie : renier leur idéal, dire qu'ils avaient été trompés et qu'ils avaient toujours contrevenu aux or dres. Quant à ceux qui étaient parvenus à passer entre les mailles du filet, ils n'eurent plus qu'une seul objectif: se faire oublier ... A partir de 1945, donc, les vainqueurs ont empêché tout véritable débat. Pire, ils ont contraints ceux qui avaient été leurs adversaires à se renier. Certes, les années 50 virent la situation se décrisper. En 1954, par exemple, l'ancien Di recteur des Affaires criminelles et des Gràces sous Vichy, Henry Corvisy, put écrire, à propos du général De Gaulle qu'il avait entendu à la radio anglaise en juillet 1940 : J'entends pour la première fois la voix du Général De Gaulle. Étonné par la sottise et la bassesse de ses propos, je ne regrette plus de n'avoir pu rejoindre cet individu ( ... )2. Mais les décennies suivantes virent le << politiquement correct >> s'imposer et fermer définitivement bien des bou ches. Aujourd hui, les derniers << témoins oubliés >> dispa raissent, emportant avec eux leur histoire. Ceux qui restent sont fatigués, et lorsque je leur demande d'écrire leurs sou venirs, ils répondent: <<A quoi bon ? Qui les lira? Les jeu nes s'en moquent ou sont définitivement corrompus par la propagande. Pourtant, quelques-uns m'ont promis de le faire, par de voir. Le docteur C. Leloup (pseudonyme) en fait partie. Le V.H.O. est donc aujourd'hui satisfait de publier son récit. Nous n'y apporterons aucun commentaire. Certaines précisions sont tout d'abord nécessaires avant d'entreprendre le récit de ces souvenirs, que sous serment je jure authentiques. Le tableau que je brosserai de l'occupation de la Belgique par les Allemands entre 1940 et 1944 n'est certes pas idyllique, mais il diffère énormément de celui que nous présentent les filins et les médias ac tuels. Certains pourront alors douter de ma bonne foi. Je le répète cependant, j'écris sans haine et dans un seul souci de vérité. D'autres pourront arguer que nous étions une famille privilégiée et qui a toujours eu beaucoup de chance de tomber sur des Allemands exceptionnels. Je répondrai que nos contacts avec l'Occupant furent très divers car obtenus dans des lieux et dans des circonstances très diffé rents (sur les routes à la ville ou à la campagne, dans les trains, les gares ou à la maison, avec des malades ou des occupants b,ravaches etc.) avec des soldats d'origines mul tiples (des Prussiens, des Bavarois, des Berlinois, des Mu nichois ou Viennois) et types très divers (des Feldgendar mes, des appelés du contingent et même des SS). Ce récit, même parfois parcellaire, me paraît d'autant plus indispensable que, .soixante ans après les faits, les jeunes générations qui n'ont pas vécu cette époque sont perpétuellement induites en erreurs par le manichéisme primaire des médias actuels. Elles doivent savoir que, dans chaque camp, la seconde guerre mondiale engendra le meilleur et le pire : la camaraderie, la fraternité et le dé vouement, mais aussi l'égoïsme, la délation, le marché noir, les bombardements massifs, la faim organisée, les massa cres délibérés de civils et les ignobles règlements de compte. L,invasion Né en mai 1931, j'avais tout juste 9 ans lorsque les ar mées allemandes pénétrèrent en Belgique le 10 mai 1940. Nous habitions près de l'Ecole Militaire de Bruxelles et du parc du Cinquantenaire. Mon père était médecin chirurgien. Quant à ma mère - une brave femme -, elle était obsédée par ses souvenirs de la guerre de 1914-18 au cours de laquelle ses parents avaient dû loger des officiers allemands dans leur habitation en province. Pour elle et mes grands-parents, l'Allemand restait << le Boche '' abhorré et ma jeunesse fut nourrie de tous leurs souvenirs patrioti ques, de livres et de petits opuscules d'histoire traitant de cette époque. A l'époque, donc, je n'étais certainement pas enclin à porter les Allemands dans mon cœur, et il en fut ainsi jusqu'à la << Libération " où ce que je vis et vécus fut le point de départ d'un changement progressif d'opinion. · Depuis septembre 1939, l'armée était en grande partie mobilisée. De telle sorte que pouvais admirer à loisir les soldats qui déambulaient dans le parc du Cinquantenaire, principalement les cavaliers dont un régiment était sta tionné dans les grands halls près des arcades du parc. Parfois, mon père mobilisé comme officier médecin devait revêtir son uniforme, de même que 1 'un de mes oncles premier lieutenant d'une batterie antiaérienne. A ma plus grande joie, ce dernier nous invita un jour à la visiter. Toute l'armée avait un aspect bon enfant. Le 10 mai 1940, vers 5 h 30 du matin, nous fûmes ré veillés par des tirs de D.C.A. et des bruits d'avions qui bombardaient le champ d'aviation d'Evere. Puis ce fut la radio qui nous parla d'agression infâme, de guerre et de mobilisation générale. Mon père revètit donc pour la n-ième fois son costume militaire et, vers midi, il partit pour la guerre. Comme je l'ai accompagné jusqu'à l'Hôpital Mili taire, la première chose qui me frappa fut l'insistance du receveur de tram pour l'obliger à payer son transport. La patrie demandait à ses fils de verser leur sang, mais conti nuait à leur réclamer de l'argent. Les premiers Allemands Nous la passâmes la première nuit de guerre dans la cave, sur un matelas, car il ne cessait d'y avoir des alertes aériennes. Le lendemain, ma mère décida de partir loger chez mes grands-parents qui habitaient une avenue om bragée près de la place Meiser. Là, durant deux jours, une colonne motorisée anglaise stationna sous les arbres. Toute la population leur apportait à boire et à manger mais, à leur habitude anglo-saxonne qui me scandalisera à leur retour en 1944, les Anglais ne .donnaient rien en échange, pas même une cigarette. Quelques jours plus tard, les An glais partis, je vis place Meiser mes premiers Allemands. C'était un side-car avec une mitraillette et deux hommes assez impressionnants: l'air de bandits avec une barbe de plusieurs jours, un casque bas sur le visage, les yeux en foncés et rougis de gens qui n'avaient pas dormi depuis longtemps. Malgré leur aspect terrible, ils demandèrent poliment leur route à un passant près de moi, et chose étrange, lui offrirent une cigarette en échange de ses ren seignements. J 'ai peu dormi cette nuit là. Assez tôt le lendemain, mon grand-père m'entraîna pour aller voir les Allemands s'ins taller le long du canal de Bruxelles où tous les ponts avaient sauté la veille. Là, ce qui me frappa fut l'extrême jeunesse de ces envahisseurs. Leur propreté, leur discipline aussi qui détonnait avec le laisser-aller des troupes belges. Ils étaient propres, bien rasés, très polis et aidaient des dames âgées à porter leur baluchon et à passer là où leur charroi encombrait l'avenue. Certains chantaient et cela contrastait avec les mines renfrognées des soldats belges et anglais que j'avais vues auparavant. A l'inverse des der niers, ils semblaient heureux d'être sous les drapeaux. En pratiquement 3 heures un pont fut construit sous nos yeux. Capitulation Le soir au retour, mon grand-père démonta son fusil Mauser -que j'admirais beaucoup et manipulais par fois 11 et alla le jeter la nuit dans un ten·ain vague par prudence "· Ma mère était souvent triste en pen:x·ult à mon père dont elle était sans nouvelle. De même ma grand mère était perpétuellement en lannes, car son plus jeune fils, son préféré, qui venait de passer ses examens de mé decin, était parti sur les routes de France pour fuir avec d'autres jeunes. Il se retrouva à Toulouse et n'en rapporta plus tard que des poux avec quelques histoires sur l'en combrement des routes et sur les rares mitraillages par les avions allemands. Il précisait toutefois que ces mitraillages n'avaient lieu que lorsque les troupes françaises en déban dade s'étaient mêlées intimement aux civils en fuite. Entre temps, l'armée belge avait capitulé et je me sou viens du scandale que fit chez mes grands-parents et les voisins la diatribe de Paul Reynaud (le premier ministre français) contre le roi des Belges, qui s'était rendu )). Fin juin la France capitula elle aussi. Durant juillet et août, nous pu assister au retour des fuyards civils. Tous ne par laient que de la gentillesse des soldats allemands pour fa ciliter leur retour. Le premier militaire de retour que je vis en juin fut en juin fut mon professeur, démobilisé immédiatement car curé. Début août, ma mère reçut la première lettre de mon père. Prisonnier, les Allemands le gardaient à l'hôpital militaire d'Anvers comme chirurgien. Pendant le court conflit, il avait servi dans le fameux hôpital militaire << américain »; hôpital qui, après s'être replié, avait terminé sa guerre sur la côte à Raversyde. Ce qu'il y a vu dût être atroce car bien après la fin de la guerre, il refusa toujours de mettre à nouveau les pieds dans l'hôtel qui avait hébergé l'hôpital. Plus tard, il me dit qu'à peine arrivés là, ils s'étaient em pressés de peindre une croix rouge sur le toit car les Alle mands respectaient les Croix Rouges. Un de ses amis me raconta d'ailleurs que, présent dans une file de camions militaires normaux, un avion vint pour les attaquer, mais qu'il put in extremis brandir un drapeau avec la croix rouge ; il vit alors nettement le pilote du messerchmitt sa luer lors d'un second passage et s'en aller. Mon père me raconta aussi que, souvent, les soldats belges qu'il avait dû opérer étaient blessés au dos (signe qu'ils fuyaient) et qu'il n'avait jamais vu de telles blessures chez les Allemands. Résistance et marché noir Fin octobre mon père fut démobilisé 'et, comme tous les officiers démobilisés de l'époque que j'ai connus, il revint à la maison avec son revolver d'ordonnance 7 ,65. Cette arme fut« perdue 11 dans les mains d'un autre médecin de sa cli nique durant l'hiver 1940. Celui-ci commençait à organiser la << résistance  c'est-à-dire le début de « L'Armée Secrète 11, dédiée à l'espionnage. Un des médecins ami de ce groupe, un nommé Verdurme, avait d'ailleurs, dès la fin septembre, embrigadé ma mère dans ses activités de renseignements. Au lieu de rester tranquille, ma mère ne cessait de vitupé rer contre les « Boches » et de l'écrire à ses amies alors que commençait la censure. Les lettres passaient tout de même, ce qui prouve le peu de cas qu'en faisaient les Alle mands au début de la guerre. Dans ses << activités » d'es pionnage, ma mère, qui ne connaissait pas un traître mot d'allemand, devait passer et repasser devant les écriteaux afin de bien les déchiffrer. Aussi mettait-elle ma petite sœur dans son landau et passait-elle souvent plusieurs fois devant les monuments et les guérites sans apparemment appeler l'attention des sentinelles. Parfois même elle de mandait des renseignements à ces dernières, qui répon daient toujours poliment à une femme avec un bébé. Elle prenait même en douce des photos pour ce docteur Ver durme. Tout ce petit jeu d'espion à la petite semaine se tennina en avril 1941, lorsque ce bon docteur se fit arrêter. Mon père enfm mis au courant interdit a ma mère de continuer. Entre temps, durant l'hiver, je pus assister cer taines nuits aux premiers passages aériens des Alliés et aux tirs de D.C.A. Avec courage, des aviateurs anglais se jetaient dans les fhlsceaux lumineux des batteries antiaé riennes, se sacrifiant ainsi pour laisser passer le reste des escadrilles. Une seule fois à cette époque je vis un avion touché. Dès le premier jour d'occupation ma mère écoutait Radio Londres, parfois même en oubliant de fermer les fenêtres. Rapidement, toutefois, les Allemands commencèrent à brouiller les émissions venues d'outre-Manche. Ma mère fit alors appel à un opérateur radio afin de pouvoir installer sur notre poste les ondes courtes. Elle n'hésita pas à lui expliquer que c'était pour mieux entendre Radio Londres. Or cet opérateur spécialiste commençait à dénoncer aux Allemands tous les gens qui lui demandaient de trafiquer ainsi leur poste de radio. Cependant nous n'eûmes jamais d'ennuis. Nous avait-il oublié ou la Gestapo de l'époque ne tenait-elle pas encore compte de ces dénonciations? Il faut avouer que les autorités allemandes ne devinrent réelle ment tatillonnes qu'après le début de la guerre à l'Est, le 21 juin 1941. Jusqu'à cette date la vie occupée s'écoula sans grands heurts. Malgré le début des cartes de ravitaillement et un hiver assez rude qui provoqua les premières difficultés de chauffage. Nous dûmes commencer à vivre dans peu de pièces, ne pouvant plus chauffer toute la maison. Quant au ravitaillement, mon père débrouillard prit l'habitue d'aller en chercher une partie supplémentaire chez un ami fermier à Leeuw-Saint-Pierre (près de Bruxelles). De même mes parents très courageux prirent l'habitude d'aller en vélo tous les quinze jours chez mes oncles fermiers dans le Hai naut. 120 km aller-retour. Mais en hiver, nous allions en train et a pieds. A ce sujet je tiens à faire remarquer que, parfois sur les routes mais surtout dans les gares, dans les trains et les trams vicinaux, les autorités installèrent des contrôles. Ces contrôles étaient réalisés soit par des gendarmes belges, soit par des civils belges, mais pas par des Allemands. Ja mais ces derniers ne confisquaient le pauvre ravitaillement durement acquis, ce que faisaient régulièrement les Belges. En fait, les Allemands ne recherchaient que les armes. Je me rappelle qu'une nuit de 1943, alors que nous revenions en train, un Feldgendarme plongea ses mains dans un sac de 10 kilos de farine ramené par mon père et qu'ille félicita pour une aussi belle farine. Les Juifs Quant aux Juifs, si un certain nombre furent déportés, beaucoup n'eurent cependant aucun ennui. Par exemple, vivait dans notre quartier un petit Juif typique qui porta l'étoile juive jusqu'à la Libération et qui gagna sa vie en allant tous les mois à la Kommandantur chercher les car tes de ravitaillement de plusieurs dizaines de Belges des envtrons. Je tiens à préciser que jusqu'à cette époque, je ne savais pas ce qu'était un Juif. Certes, je savais que des races hu maines différentes existaient. Non seulement parce que cela nous était enseigné à l'école (où l'on trouvait des sta tuettes de petits chinois ou de petits nègres dans lesquelles on nous encourageait à mettre des sous pour des œuvres), mais aussi parce que tous nos livres de gosses en par laient, de Tintin et le Lotus Bleu à Tintin au Congo en passant par Tarzan et les livres sur les Indiens d'Amérique. Mais les Juifs ne m'apparurent que lorsqu'ils commencè rent à porter l'étoile jaune. Et cela d'autant plus que mon père en soignait beaucoup avant la guerre, surtout des commerçants de la place Saint-Josse. A partir de 1943 certains se cachèrent un peu ; mais bien qu'ils aient dé cousu leur étoile jaune, ils n'hésitaient ni à venir encore à la consultation de mon père ni à se promener dans tous nos environs durant les soirées chaudes. Aucun de ceux que je connaissais ne semblait ni terrorisé ni posséder la peur au ventre. Je me rappelle d'ailleurs, qu'en 1943-44, des Juifs fréquentaient leur école sous leur vrai nom de juif. Comme les clients juifs de mon père étaient fort nom breux, je puis fournir de nombreux noms. En vérité, si la vie sous l'Occupation était dure au point de vue alimenta tion et chauffage, elle n'était pas plus dure pour les Juifs qui se tenaient tranquilles et tous se débrouillaient pour obtenir des suppléments alimentaires. Quant à ceux qui furent déportés, je me souviens que vers la fm 1943 et en 1944, onze chefs de familles juives vinrent déposer leur fortune chez nous, signifiant à mon père qu'ils le considéraient comme un honnête homme et qu'ils avaient toute confiance en lui. Ils lui dirent que s'ils devaient être déportés et ne plus revenir, ils léguaient leurs dépôts à mon père. Je n'ai jamais vu tant d'or, de couverts et de timbales en argent, ni de pièces d'or et de pierres pré cieuses. Il y en avait en dépôt pour plusieurs millions de l'époque. TOUS SONT REVENUS reprendre_ leurs biens en 1946-7. Durant la guerre l'on parlait bien du savon allemand tellement mauvais (de couleur verte il graissait peu, flottait sur l'eau et faisait l'effet d'une pierre ponce à son usage) qu'en plaisantant, on le disait fabriqué avec de la graisse de Juifs. Même les Juifs riaient en en parlant. Ce n'est qu'en 1947, au plus tôt, qu'un des Juifs amis de mon père voulut m'endoctriner au sujet de leurs « mésaventures '' supposées. Mais comme tous ses congénères, il pratiquait la démesure. Ainsi prétendit-il, entre autres, que dans le seul ghetto de Varsovie les Allemands avaient massacré ... un million de Juifs. Cet homme soi disant fort instruit vitupérait aussi contre les Américains, disant qu'en 1947, encore, de nombreux lieux de détente ou de plaisir de ce pays affichaient : « Interdit aux Nègres et aux Juifs n. Rappelons aussi que si les Allemands déportaient des Juifs dans des camps de concentration, ils trafiquaient avec certains autres. A ce sujet, je tiens à faire remarquer que l'un des Juifs qui, après la guerre, côtoyait mon père avait dénoncé ses parents encore apatrides alors que lui, né en Belgique, était déjà belge. Durant la guerre, les vécut coiTectement grâce à ses délations. A ma connaissance, il ne fut ni inquiété à la Libération, ni rejeté par sa famille. Malgré la mort de leurs vieux parents en déportation, sa sœur et son frère l'acceptèrent et tous se partagèrent les importantes réparations en dommage de guelTe. Le déla teur installa un grand magasin de chaussures près de la Porte de Namur, et les deux autres s'associèrent dans un magasin de vêtements (magasin fort connu près de la place Saint-Josse). En plus, sa sœur s'offrit un petit appartement sur la côte belge, appartement ou nous tümes souvent in vités. Vacances forcées En 1943 et en 1944, les écoles fermèrent début avril suite aux bombardements de plus en plus intenses des villes par le~ Alliés. Les enfants étaient envoyés dans les campagnes avec des cc devoirs de vacances n. L'Occupant organisait ces vacances forcées ou bien il laissait les famil les les organiser. Pour ma part, j'allais chez mes oncles dans le Hainaut d'avril à la mi-septembre 1943 et d'avril au 20 septembre 1944. Notre ferme était assez retirée à la li mite entre deux villages où de toute la guelTe aucun Alle mand ne mis le pieds. J 'entraperçus juste un Waffcn SS de la Wallonie qui habitait à 400 mètres de chez nous et qui venait lors de ses permissions. Nous ne l'aimions pas, le considérions comme un traître et jamais ne lui adressions la parole. Il semblerait que ce soient ses parents qui en voyèrent une lettre anonyme pour déclarer que mes oncles faisaient des signaux la nuit aux avions alliés. A la suite de cette dénonciation, je vis arriver à la ferme une voiture montée par quatre Allemands. Ils venaient nous interroger. Rapidement, devant notre bonne foi, l'entretien devint cor dial et se termina en commun devant une bonne bouteille de bourgogne. Jamais ils ne revinrent, ce qui prouve, qu'ils attachaient peu d'importance aux dénonciations anony mes, et qu'ils n'ennuyaient que ceux qui avaient des choses à se reprocher ou qui observaient une attitude suspecte. Il faut dire que nous habitions a une quinzaine de km à vol d'oiseau de la gare de triage de Haine-Saint-Paul. Cette gare fut bombardée trois fois de jour par les Américains. Les deux premières fois, suivant leur système du « carpet bombing ))' c'est-à-dire tout à côté sur la ville. La troisième fois, ils utilisèrent des avions en piqué, ce que je vis de la ferme. C'est très impressionnant, mais la gare ne fut blo quée que durant 3 jours. Cependant j'ai connu ensuite des habitants qui vinrent se réfugier chez nous et qui haïs saient depuis les Am~ricains. Retour de l'oncle prisonnier En 1943, mon oncle préféré revint d'Allemagne où il était prisonnier. C'était un excellent cavalier au 2ème lancier, mais il fut envoyé à la guerre en mai 1940 avec un vélo et sans arme. Fait prisonnier, il quitta vite l'atmosphère dé primante et oisive de son stalag en se portant volontaire pour travailler dans les champs; d'autant qu'il était fer mier. Il échoua dans une ferme de Prusse Orientale et nous dit que dès 1941, les prisonniers comme lui recevaient tel lement de colis de la famille, de la Croix Rouge et d'autres organisations caritatives, qu'ils eurent toujours suffisamment à manger, et même parfois trop, si bien qu'il reven daient une partie de leurs provisions aux Allemands du cru. Prisonnier avec une dizaine d'autres dans une grande exploitation, outre leur travail, ils passaient leur temps à faire des farces au vieux soldat allemand qui devait les gar der. Afin d'éviter toute fuite, ce dernier les obligeait chaque soir à ôter leur pantalon et à aller coucher en pan de che mise. Plusieurs fois, mon oncle cacha son pantalon sur ses épaules, sous sa chemise, et le vieil Allemand compta et recompta les pantalons (un manquait) et les dormeurs (tous présents). Il me raconta également, que la patronne, une jolie fermière esseulée, fut enceinte des œuvres d'un prisonnier polonais. Apprenant la chose, son frère tua le Polonais qui avait << déshonoré ., sa famille. Réquisitions Pour un jeune, la ferme avec ses animaux, même en temps de guerre, c'était la belle vie. Nous souffrions certes des restrictions alimentaires, car il fallait donner beaucoup à l'Occupant ou plus exactement à l'État belge d'alors ; État dont les sbires étaient tatillons. Ma vache préférée fut ainsi livrée un jour. Sur 36 kilos de beurre que nous pro duisions, il fallait en livrer 32 et une bonne part de notre lait, des récoltes etc. Mais l'insouciance juvénile se com plaisait dans les travaux des moissons. Durant ces mois sons la population ouvrière - de nombreuses mines de charbon étaient exploitées dans région - était autorisée à glaner, mais beaucoup se servaient à même les bottes et surtout venaient voler de nuit des bottes entières. Chacun ne pensait qu'à soi sans se rendre compte que les fermiers eux aussi avaient faim car il devaient livrer à l'État la majo rité de leurs récoltes. Il nous fallait donc aller surveiller les champs les nuits après chaque dure journée de travail; surveillance que tous les mâles de la ferme, même jeunes comme moi, devaient exercer avec l'aide de travailleurs ita liens amis. Ces Italiens étaient pour la plupart des antifascistes venus travailler dans les mines belges après l'arrivée au pouvoir de Mussolini. Ceux qui venaient souvent nous aider lors des moissons étaient tous très convenables, mais les travailleurs tchèques et polonais étaient souvent des chapardeurs et des trafiquants. Ces Russes qui ne voulaient pas rentrer En 1944 vinrent aussi travailler dans les mines des pri sonniers russes. J'en connus un que nous cachâmes jus qu'en 1949, car il ne voulait pas retourner dans son para dis soviétique. Très gentil, il nous expliquait la vie dans ce paradis. Il parvint même à se procurer un revolver afin de se défendre contre les émissaires et soldats soviétiques qui parcouraient la région avec l'assentiment des autorités bel ges et alliées afm de récupérer partout leurs ressortissants envoyés dans les mines lors de l'occupation allemande: Beaucoup refusaient de retourner en Russie et furent ren voyés de force. Réfractaires au STO et Résistance armée Durant les années 1943-4, je fus mêlé malgré mon jeune âge à la Résîstance. En effet il existait près de notre ferme un bois important où se cachaient des réfractaires au STO, c'est-à-dire au travail obligatoire en Allemagne ; d'autant plus réfractaire que-c'était connu- les Anglais bombar daient et aplatissaient petit à petit toutes les villes alle mandes d'i.Inportance. Pour avoir une paix relative avec cette masse de désœuvrés, tous les paysans du coin les ravitaillaient en nouniture, besogne qui chez nous échut à mon cousin et moi. Cette vie sans effort n'empêchait pas ces réfractaires d'aller ensuite dévaliser les fermiers, leurs bienfaiteurs. En 1944, les exactions de ces « Résistants >> devinrent tellement nombreuses que les Allemands accep tèrent de réarmer les paysans avec des fusils de chasse. (comme plus tard les Français durant la guerre d'Algérie). .. . Un jour de1944, notre ferme fut à son tour attaquée par des bandits masqués ; ils réclamaient non pas de la nour riture, ce qu'ils possédait en abondance, mais la caisse. Toutefois, deux de mes oncles présents résistèrent et l'un parvint même à arracher le masque d'un des voyous. Ils s'enfuirent tous devant cette détermination üe suppose qu'a cette heure ils avaient pensé n'avoir affaire qu'à des femmes). A la Libération, lorsque comme tout le monde mes oncles durent aller renouveler leur carte d'identité, quelle ne pas leur surprise de voir cet agresseur démasqué se pavaner dans les bureaux communaux avec le grade de colonel - ils le furent tous - de la Résistance. De toute façon, tous ces fainéants rebelles au STO que j'allais ravi tailler régulièrement me firent la plus mauvaise impression à l'époque. Impression qui se renforcera à la Libération, comme je l'exposerai plus loin. Dans le même registre, je me souviens que, le 4 septem bre 1944, les résistants de Boisfort, dont mon père connaissait bien le chef, décidèrent de se rendre à Hoei laart, village voisin qui ne semblait pas encore libéré. Arrivé au pont de Groenendael, ils aperçurent un blindé alle mand, caché sous les arbres et dont quatre servant se prélassaient sur l'herbe. Ils attaquèrent sans s'apercevoir qu'un cinquième restait dans le tank. Celui-ci les accueillit à grandes rafales de mitrailleuse. Seul le chef des Résis tants fut blessé au nez et soigné plus tard par mon père. Mais ils détalèrent tous comme des lapins et revinrent à Boisfort la queue entre les jambes. Là se limitèrent les ex ploits guerriers des résistants boisfortois. Cela n'empêcha nullement les vantardises plus tard. En 1944 les Résistants firent parfois sauter des pylônes électriques et les Allemands obligèrent un temps les fer miers et les villageois à les garder la nuit. Ce qui en fait ne servait à rien, car lorsque les Résistants venaient, ils étaient annés et, sans armes, nous ne pouvions que les laisser faire. Les Allemands se rendirent vite compte de notre incapacité et ne nous menacèrent même plus de prendre des civils en otages. L'Occupant Justement, parlons-en de l'Occupant. Une seule fois j'ai vu un soldat allemand frapper un civil, qui passait trop près de sa guérite. Je déplore aussi avoir vu un jour une cc bochette » (aussi dénommées : « souris grises», car ces Allemandes des services portaient un uni forme gris) sucer dans un tram un bâton de chocolat de vant des enfants au regard plein d'envie. Une civile belge le lui ayant fait remarquer, cette « bochette •• n'osa pas rester dans le tram et descendit à l'arrêt suivant. Une autre fois, encore, j'ai vu dans un train une autre« bochette "installer son chien (un magnifique berger allemand) sur les sièges alors que des civils belges étaient obligés de voyager de bout. Celle-là fut remise au pas par un Allemand qui l'obli gea à céder cette place à un vieux. Comme mon père était médecin et que nous habitions près de l'Ecole Militaire et comme en outre mon père parlait un peu allemand, beaucoup de soldat allemand préféraient venir se faire soigner par ce civil plutôt que par leurs méde cins militaires. Surtout après juin 1941, car dès qu'ils étaient attejnts d'une quelconque maladie vénérienne (blennorragies ou syphilis), leurs médecins militaires avaient ordre de les envoyer immédiatement sur le front de l'Est. Après la Libération, et pour cette même raison, mon père eut énormément d'Anglais et de Polonais à soigner, car chez les Alliés toute maladie vénérienne détectée les en voyait immédiatement dans des bataillons disciplinaires de première ligne ; là où la plupart se faisaient tuer. Au fond chaque armée éliminait ainsi ses malades vénériens afin de protéger sa population saine. Mais en passant chez les mé decins civils, c'était ni vu ni connu. Par conséquent, des militaires de tous grades venaient régulièrement en consultation chez nous. Tous étaient très gentils, certains amenaient même du chocolat pour les portiers que nous étions, ma jeune sœur et moi. Mais le plus intéressant à nos yeux était qu'en général, ils payaient en nature; en viande et en boudins. Je me rappelle un SS hollandais, qui venait toujours avec un camion à remorque qu'il garait sur le trottoir afin de ne pas gêner le passage du tramway. Mais plusieurs autres anecdotes vécues situeront encore mieux l'ambiance de cette époque. En effet, un jour de printemps 1943, un civil distingué parlant parfaitement le français vint voir mon père environ . une dizaine de fois. Vu son excellent français, mon père le prit tout d'abord pour un Français. Par hasard, nous nous aperçûmes qu'il garait toujours sa Mercedes décapotable à 150 mètres de chez nous et que son chauffeur était un SS en uniforme. A sa dernière visite, un dimanche, comme mon père et lui avaient le temps, ils devisèrent de choses et d'autres. Il posa alors à mon père une question étonnante pour l'époque (printemps 1943). Il demanda: << Cher doc teur, que pensez-volis de la guerre ? )) Méfiant, mon père lui répondit : << Heu!)) Mais il ajoututa : << Cher docteur, nous allons perdre la guerre. Mais pennettez-moi de me présenter. Je suis le Stu.mibhan.führer X du SD >>. C'était donc un grand chef de la« terrible>> Gestapo ; pire même, de sa branche la plus fanatique. Et la conversation continua ainsi encore un bon quart d'heure. Mais en partant il se paya encore le luxe de dire à mon père en rigolant: << Cher docteur, lorsque vo tre femme écoute Radio-Londres, dites-lui au moins de fer mer sa fenêtre, car on l'entend jusqu'au coin de la rue.» Ah! quel méchant SS que voilà. Une autre histoire est tout aussi significative. Un jour, un autre commandant SS, en uniforme celui-là, vint pour traiter une syphilis. A l'époque, le seul remède efficace était des injections de pénicilline. Mais seuls les Anglais en pos sédaient, ce que lui fit remarquer mon père. En outre il fallait faire les injections toutes les quatre heures, durant 48 heures. Aussi plus tard de nombreux Anglais logèrent ils à la maison durant une nuit. Ce commandant SS assura mon père qu'il se procurerait de la pénicilline ; ce qu'il fit. Mais il fallut le loger une nuit. Il fut ainsi le premier à dor mir sur le divan de notre salon/ salle d'attente. Or là, de puis deux ans, mes parents cachaient depuis deux revol vers 6,35. Ceux-ci avaient été placés dans le lustre, sans qu'on se rende compte qu'ils étaient nettement visibles en levant la tête lorsque la lumière était allumée. Et nous étions en hiver. Le lendemain matin, le commandant SS le fit remarquer a mon père et lui dit de les cacher ailleurs. Il lui indiqua même une bonne cachette, ou ils restèrent jus qu'à la Libération. Autre fait significatif: en 1942, mon père, bel homme, eut comme maîtresse une belle petite souris grise. L'ayant appris, ma mère alla les repérer et suivit ensuite cette pe tite cc bochette ''· .. jusqu 'a la Kommandantur générale sise dans les Ministères devant le théâtre du Parc. Elle eut même le culot de demander à la sentinelle qui était cette petite Allemande qui venait de rentrer. La sentinelle lui ré pondit que c'était la secrétaire particulière du général von Falkenhaus~n, le gouvemeur de la Belgique et du nord de la France. Le lendemain ma mère demanda une entrevue avec le général et l'obtint quelques jours plus tard. Elle tint au général ce langage : u Général, je ne vous aime pas de puis la guerre de 14-18, mais j'accepte que vous occupiez mon pays comme vous êtes les vainqueurs. Cependant, je ne puis accepter que vos femmes viennent nous prendre nos hommes. Aussi ... » Et elle renseigna le général avec détails sur l'aventure de mon père avec sa secrétaire. Directement, von Falkenhausen convoqua la femme devant ma mère. Elle confirma les faits, assurant aimer mon père. Mais le général lui intima de faire immédiatement ses valises et il la renvoya a Berlin. Autre anecdote: ma sœur étant encore assez petite, dans les tra.ms souvent bourrés, elle avait pris l'habitude de se tenir et de se cramponner dans les toumants aux étuis des baïonnettes que les soldats portaient toujours sur eux. Jamais un seul ne la repoussa. Bien d'autres petits faits pourraient venir démontrer que, sans être drôle, la vie sous l'Occupation n'était pas si terrible, à l'inverse de ce qu'insinuent les médias actuels. En 1940 la majorité des gens étaient pro-allemands, bien à l'inverse de ma famille et de mes proches. Ma mère bouffa du l< boche '' tous les jours, ma frunille un peu moins, mon père peu, d'autant que durant toute la guerre il partait souvent de nuit afm d'opérer en douce avec d'autres méde cins des Résistants blessés. Mon père fut d'ailleurs décoré à la Libération. Mais il fut tellement écœuré par tout ce qui se passa alors et tout ce que nous vîmes qu'il renvoya mé dailles et décorations à l'État. État d'esprit changeant de la population Quant à la population, à partir de 1941 et de la guerre à l'Est, se souvenant sans doute des déboires de Napoléon et surtout subissant de plus en plus les effets de la propa gande, elle commenÇa à virer de bord ; virage confmné après l'entrée en guerre des USA et la défaite de Rommel en Tunisie. De telle sorte que ce furent les mêmes qui après avoir applaudi en 1940 les concerts et les défilés alle mands, allèrent quatre ans plus tard acclam.er nos <<libérateurs .,. En septembre 1944 tous se vantaient d'avoir «résisté))' mêmes les enrichis au marché noir. A croire que beaucoup qui s'engagèrent alors dans la Résistance ne le frrent que pour éviter qu'on aille fouiller dans leur passé et pour effacer toute trace de collaboration. La " Libération » Venons-en donc à la Libération, en commençant par deux petites anecdotes qui illustrent la différence compor tementale observés chez les vainqueurs de 1940 et chez ceux de 1944-5. Mon père avait comme ami un entraîneur de chevaux de course, qui habitait Hoeilaart, et chez qui, afin d'obtenir des tuyaux de course dont ils étaient friands, des officiers d'état-major allemands (avec les bandes rouges) avaient eu l'habitude de se réunir. C'est d'ailleurs par l'intermédiaire de cet entraîneur que ma mère avait obtenu si aisément son entrevue avec von Falkenhausen. Or la grosse Buick de mon père avait été <<cachée" dans le garage de cet entraî neur, afm de ne pas être réquisitionnée par l'armée. Elle était si bien cachée que tout visiteur et à fortiori tous les officiers pouvaient la voir. Jamais les Allemands ne la confisquèrent. En revanche, cette voiture fut réquisitionnée à la Libération par des Résistants d Hoeilaart, qui la détrui sirent dans un fossé. Comportement des anglo-amértcatns Mais il y a plus grave : mon père soignait la cuisinière de Bemstein, le propriétaire du grand magasin sis rue Neuve à Bruxelles. A la déclaration de guerre, ce Juif s'enfuit en Amérique tout en demandant à sa cuisinière de venir ha biter dans son palace afin d'éviter une occupation par des militaires. Malgré la présence de cette personne et de sa fille, des Allemands vinrent loger dans ce palace. Durant toute la guerre, ils nourrirent comme eux ces deux femmes en échange de menus services (lavage de chemises, repas sage etc.). Ensuite, les Anglais occupèrent cette maison de maître durant six mois. Jamais elle ne reçurent un brin de nourriture de ces << amis "· Tous les restes des repas (même le thé non bu) étaient jetés à la poubelle sous leurs yeux, alors qu'à ce moment, le ravitaillement était encore plus difficile que du temps des Allemands. Et lonsqu~ l~s Anglais quittèrent la maison, ils l'avaient transformée en un taudis. Mais ce furent les Allemands qui payèrent ensuite les dé gradations au magnat juif Bemstein*. Dans le même registre, il y avait au bas du boulevard Botanique, là où se situe maintenant la galerie marchande '' City 2 ''• une grande maison occupée aussi par les Alle mands durant la guerre. Allant à l'école Saint-Louis tout près, j'eus l'occasion de la visiter à leur départ. Tout y était propre et en ordre. Ensuite, cette maison fut occupée par les Anglais. Et je pus à nouveau la visiter quelques heures après leur départ, en mai 1945, après neuf mois d'occupation alliée. Cette maison proprette était là aussi une soue à cochons. Le papier des murs arraché en de nombreux endroits, des traces de nourriture dégoulinant des murs, de la vaisselle cassée partout, du vomi et des déjections dans les pièces etc. Je pus faire les mêmes constatations au restaurant « Prince Léopold 11 d Hoeilaart. Hôtel occupé durant quatre ans par une compagnie SS sans dégât et ensuite un an par des Américains. Dès leur arrivée, d'ailleurs, ces derniers avaient organisé des bals et plusieurs jeunes filles y furent violées. Un. Soldat améri cain y fut même abattu par un Résistant jaloux. Et moi qui, jusqu'en 1944, avais toujours vu des soldats alle mands correctement habillés polis et dignes, que ce fut à Bruxelles ou ailleurs, je vis durant plusieurs mois de (( libération 11, aux petits matins, en me rendant à l'école, des soldats, principalement américains, saouls, sales, dé braillés, remontant le Botanique aux bras de putains de la gare du nord. Certains tombaient tellement ils étaient ivres, d'autres vomissaient dans le caniveau .... C'est d'ailleurs en voyant tous ces faits que j'ai commencé a changer d'option. L'ordre faisait place a l'anarchie démocratique. Débordements populaires Mais ce qui me révulsa le plus, ce fut les débordement de la foule et les scènes de violences observées en de mul tiples occasions. J'étais revenu a Bruxelles le 20 août 1944. La ville fut libérée - ou du moins les premières troupes anglo-saxonnes y pénétrèrent - le dimanche 3 septembre au soir. Tout le dimanche se passa en efferves cence et en explosions proches ou lointaines. J'en garde la vision d'une populace pillant l'Ecole militaire d'où l'Occu pant était parti en laissant les portes béantes. Beaucoup de civils y pénétraient et en ressortaient chargés d'un bric-à brac volé. Déjà dans l'après-midi, les pillards venaient pro poser aux alentours le rachat de leurs objets volés. Mon père fut sollicité plusieurs fois par des voleurs venant lui présenter des microscopes et divers instruments médicaux provenant de là. J 'en vis même un sortir de l'Ecole Militaire en emmenant une vache. Après avoir rempli notre baignoire d'eau dans l'après midi en prévision d'une coupure, mon père et moi sortîmes. Vers 8 heures du soir, je vis se produire un premier inci dent. Nous étions avenue de Cortenberg, à environ 150 mètres du coin du 1 de l'avenue de la Renaissance, où s'ar rêta un char anglais. Ce blindé fut immédiatement sub mergé par une foule sortie des maisons environnantes. Des jeunes filles grimpaient sur le char pour embrasser les tankistes. Je voulus aussi m'y précipiter mais mon père me retint. Il fit bien, car à ce moment, remontant la rue Stévin, déboucha devant l'entrée du parc du Cinquantenaire une auto chenille allemande montée par 7 hommes sur sa plate-forme. Ces derniers tirèrent immédiatement à l'arme légère sur le blindé anglais et la foule qui l'entourait. Tous les civils s'égayèrent et s'aplatirent au sol, et le char tira un obus qui fit sauter en l'air la chenillette. La stupeur passée, tous les civils se relevèrent et coururent voir les dégàts. Des Allemands trois ràlaient encore. Une vieille femme s'acharnait à coups de talon sur le visage d'un blessé. Sans attendre, les plus malins faisaient les poches aux morts. Ensuite, mais ensuite seulement, certains s'emparèrent des armes. Beaucoup distribuaient des coups de pieds aux morts et a-mt agonisants. Le conducteur, mort lui aussi et pendant par sa portière, fut jeté à terre et son cadavre roué de coups. Spectacle écœurant. Me rejoignant enfin, mon père m'obligea à rentrer. La nuit, nous entendîmes pas mal de tir à l'arm,e légère. Le lendemain lundi, à 7 heures du matin, mon père m'emmena faire un tour dans le parc. Là gisaient encore plusieurs cadavres d'Allemands. Toutes les armes avaient  disparu, mais près d'un soldat mort il y avaient encore quelques boites de cartouches. J 'en pris une. Tous avaient été manifestement détroussés et frappés, car ils portaient des traces de coups et des blessures au visage. Vers 9 heu res, je vis une colonne de prisonniers remonter l'avenue Cortenberg. Ils étaient gardés par des FIFI (Résistant du Front de l'Indépendance) ou des PAPA (partisans armés communistes), je ne sais. Les gens les huaient, les sifflaient, les insultaient; certains plus «courageux >> al laient les frapper sans risque ou leur cracher au visage ou même leur jeter des pierres. La populace commençait sé rieusement à m'écœurer. Scènes de la libération de Bruxel les. D'un côté les danses et les rires, de l'autres les damnés, les sorcières. Ensuite, vers 10 ou 11 heures, je me trouvai de l'autre côté du parc, rue de Tongres et avenue des Celtes, près de la Porte de Tervuren. Là, je vis une foule en furie frapper et cracher sur deux pauvres fùles dépoitraillées. Certains leur tiraient les cheveux, leur donnaient des coups de pieds, de poings, de crosse, les couvraient de crachats etc. Elles avaient couché, disait-on, avec des Allemands. En bas de l'avenue des Celtes, il y avait une estrade où on leur rasait le cràne sous les coups et les quolibets. Je vis aussi plu sieurs hommes arrêtés de la même façon et emmenés bras en l'air par des FIFI arrogants, brandissant fusils et revol vers. Partout, toute la joumée, je n'assistais qu'à ce triste spectacle d'une populace déchaînée. Arrestations en Belgique. L'Épuration sauvage commence ... Quelques jours plus tard, j'appris que des exécutions sommaires eurent lieu en ville et que la plupart des pau vres filles arrêtées avaient été violées. Bien plus tard, en 1964, j'ai eu comme petite amie une infirmiêre anversoise, âgée de 16 ans en 1944, qui fut elle aussi arrêtée à la Libé ration et qui resta enfermée plusieurs semaines dans les cages du zoo d'Anvers. Elle m'expliqua comment, tous les soirs, les « Résistants )) venaient chercher les plus belles prisonnières afin de les violer en groupe. Elle m'expliqua comment ces individus l'obligeaient à se dévêtir et à ouvrir ses jambes pour leur présenter son sexe, la couvrir d'inju res et ensuite la violer, l'obliger à passer de l'un à l'autre. A Anvers, certaines de ses amies s'étaient suicidées ensuite. A Anvers, des « inciviques » sont enfennés dans les cages du zoo. Scène survenue à Bordeaux (France), le 29 août 1944 : La mère et la fille furent promenées nues dans les rues avant d'être abattues à la mitraillette et jetées dans la Gironde. Marché noir et trafics au pays « libéré » Avec l'arrivée des Alliés en Belgique le marché noir reprit de plus belle. En fait, il dura jusqu'en 1947, bien après la fm de la guerre. La pénurie sévissant- elle était organisée par mes Alliés qui souhaitaient vendre leurs surplus au marché noir - mes parents durent à nouveau se rendre régulièrement à la ferme de mes oncles dans le Hainaut afm d'en reporter de la nourriture. Je les ai accompagnés trois ou quatre fois. Durant l'occupation, jamais ils n'avaient été arrêtés le long du parcours par des troupes allemandes. De toutes façons, celles-ci ne recherchaient que les armes. Or, la profession de mon père et surtout ses papiers de la Convention de Genève lui évitaient immédia tement d'êtr.e suspect. Pour les Allemands, un médecin était un homme de bien qui restait hors des combats. Tout changea à la Libération : en octobre ou novembre 1944, lors d'un de leurs voyages, ils se firent arrêter à Nivelles par les cow-boys américains. Ceux-ci les encerclèrent comme dans un rodéo de western et les brutalisèrent, même ma mère, une femme. Ils confisquèrent les denrées alimentaires et dirent à mon père que ses papiers de la Convention, il pouvait s'en servir pour se frotter le c.. ; que l'a rmée américaine n'en avait que foutre. A cette époque, non seulement la pègre et les trafiquants de devises refaisaient surface un peu partout dans les zo nes libérées, avec l'aide des soldats américains souvent spécialistes en la matière - ce fut grâce à des accords en tre la mafia sicilienne exilée aux USA que les Américains purent si facilement débarquer en Sicile et sur le conti nent- mais aussi toute une classe d'entremetteurs et de commerçants véreux commencèrent à fricoter avec ces ar mées de riches. L'armée allemande, spartiate, pauvre et honnête ne le permettait pas. Des fortunes virent le jour. Une nouvelle classe de parvenu apparut. Naturellement tous s'étaient forgés un passé de Résistant et tous s'entraidaient pour faire oublier leurs bassesses antérieures du temps de l'occupation. Avec l'aide de certains Américains, ils trafiquaient non seulement des produits alimentaires de base et de chauffage, mais aussi les nouveaux produits de luxe comme des bas nylon, des cigarettes et de l'alcool, des femmes et des médicaments. Tout était encore plus cher que du temps des Allemands. Les médicaments étaient encore plus rares que du temps de l'occupation. Ainsi, faute d'antibiotiques, mon père dût laisser mourir de pneumonie un ami, lad d'écurie, pourtant d'origine anglaise, marié à une belge. Cet homme était trop pauvre et mon père ne put même pas lui porter de l'argent car il venait d'être dépouillé par la manipulation bancaire de Guttenstein, ce ministre des Finances revenu dans les fourgons des Alliés. Des Américains proposèrent bien de nous fournir de la pénicilliiïe, mais il fallait acheter le ca mion en entier, ce qui nous était impossible. Ce procédé était courant dans les années alliées, surtout l'américaine. Une fois achetée en entier toute la cargaison était déchargée et l'on précipitait le camion dans un fossé en y mettant le feu. Le camion passait ainsi ~n profit et perte, soit sous couvert d'un banal accident de la route, soit en accusant l'ennemi de l'avoir bombardé. Disparais saient ainsi des camions entiers. de nourritures, d'essence, de médicaments, et même d'armes. Un mot d'explication sur l'affaire Gutt : en 1943 le gou vernement belge en exil décida de pénaliser les collabora teurs enrichis de guerre en imposant dès la libération à tous les Belges de rentrer tous leurs billets de banque afm d'en recevoir de nouveaux. Mais il y avait une astuce. En effet, les billets de cinquante francs, de vingt de dix et les pièces ne devaient pas être rentrés. Certains Belges << occupés '' furent mis au parfum dès 1943, dont par exemple les petits amis des ministres, quelques Juifs et les frères maçons. Par sa mesure financière le ministre Gutt(enstein) ruina de nombreux braves Belges qui, sans être des collaborateurs, avaient travaillé dur pour mettre  un peu de côté, et cela malgré l'occupation et les bombar dements anglo-saxons. Par contre de nombreux collabora teurs mis au parfum s'enrichirent davantage. A la Libération, ceux-ci ne furent nullement inquiétés, bien au contraire. Leurs relation jouèrent à plein. Notre voisin de droite, par exemple, avait collaboré toute la guerre ; il avait fait partie de l'équipe responsable de la re vue allemande en français Signal et avait tenu un bordel de luxe pour officiers allemands dans sa maison. Mais c'était un grand ami du ministre Spaak. Dès la libération, des FI FI vinrent monter la garde en arme afm qu'il soit protégé. Cela dura des semaines à partir du 4 septembre. Libération sexuelle Avec l'armée des soldats riches (les Alliés) les jeunes fil les belges se libérèrent sexuellement à tel point que rares étaient encore celles qui ne possédaient pas leur anglais ou leur américain. Peut-être certaines se vantaient-elles, mais suite à un automne particulièrement doux, les buissons du parc du Cinquantenaire devinrent un immense bordel à ciel ouvert. On copulait dans tous les buissons et il traînait tellement de capotes anglaises jonchant le sol que rapide ment les gamins du coin ramassèrent ces «ballons " d'un nouveau genre et revinrent chez eux en souillant dedans. Les mères affolées devant ce nouveau risque de contagion vénérienne vinrent partout pré~enter leurs rejetons aux médecins. Heureusement ce brusque vent de panique n'eut aucune conséquence. Les Résistant de l'automne 1944 Je me rappelle aussi, que durant cet automne particuliè rement clément, du 5 septembre jusque fm octobre, on en rôlait de nouveaux Résistants à l'Ecole Militaire. On avait installé une table devant la porte de l'école donnant sur l'avenue de la Renaissance et une file de (( futurs terreurs 37 résistancialistes ''se prolongeait sur plus de cent cinquante mètres chaque jour, jusqu'a la fm de la rue Obbema. Une fois enregistré, chacun recevait un brassard et un fusil pour aller soit garder le domicile de certains privilégiés (comme notre voisin ami de Spaak), soit garder des ponts, des routes ou les anciens dépôts de murutions allemands disséminés dans la forêt de Soigne. J'en ai même connu un qui trafiqua des chevaux allemands abandonnés qu'il de vait garder sur le champ de course de Groenendael. Cette << embauche •> de <<Résistants sans danger» (l'ennemi étant loin) aboutit à plus de 85 000 Résistants homologués, re vendiquant les avantages de la fonction. Certains furent nettement moins fanfarons durant l'offensive des Ardennes, retirant leur brassard en douce, mais lorsque, début jan vier, le danger fut à nouveau écarté, ils revinrent fanfaron ner en force, Plus tard évoquant ce scandale avec un vrai Résistant, ce dernier me signala qu'il fut prouvé que, du 1er au 4 septembre 1941, l'ensemble des débris des divisions allemandes encore sur le sol beige mais refluant en désor dre comptait 41 000 hommes. Et, aiouta-t-il, s'il y avait eu en réalité 85 000 Résistants, nous aurions pu sans diffi culté faire une Saint-Barthélemy des troupes du Reich. Souvenirs pénibles Revivant cette époque peu glorieuse, je peux citer le nom d'un grand chirurgien, plus tard devenu grand chef syndi caliste, qui fut un temps médecin des prison. Au lieu de pratiquer son métier, il assistait aux tabassages des pri sonniers, quand il ne donnait pas parfois un coup de main. Autre souvenir ignoble: l'histoire du camp anglais d'Ovecysse. Là les Anglais conservèrent des prisonniers allemands jusque fin 1947 (ou plus, je ne me rappelle plus). Ces prisonniers étaient tellement maltraités, telle ment sous-alimentés et vivaient dans des conditions d'hy giène si déplorables, qu'un auteur canadien, James Bac que, l'a décrit dans son livre intitulé : Morts pour Raisons Diverses. Ces malheureux furent tout d'abord utilisés, en violation des Conventions de La Haye et de Genève, pour déminer divers endroits, entre autre dans la forêt, mais cela sans matériel adéquat. Certains en moururent. En suite les officiers anglais du camps les utilisèrent pour di vers travaux de réparation, ou même les louaient à des ci vils du coin. Mais le plus grave fut que ces officiers reven daient au marché noir une bonne partie de la nourriture qui devait leur être allouée. De telle sorte que beaucoup moururent de sous-alimentation. Je les vis souvent maigre, émaciés, mendier un peu de pain ou un bol de soupe, ce que finirent par leur donner de nombreux habitants de Hoeilaart. On ne traite pas comme cela des hommes, mê mes des ennemis, d'autant que je commençais à voir reve nir des Belges bien gras des camps de concentration alle mand. Je ne nie pas que certains y perdirent la vie et y étaient mal nourris, mais de tous les livres écrits sur le sujet, principalement dans les années 1945-50, il ressort que les mauvais traitements et les vols de nourriture dans ces camps furent le fait d'autres détenus. Un grand résis tant, ancien prisonnier, me le confirma plus tard. Toujours à propos des prisonniers, je tiens encore à si gnaler que j'eus l'occasion de discuter avec un autre au thentique résistant qui, à la Libération, s'engagea dans les paras américains. Ce n'était pas un homme à fabuler au sujet de ses exploits, ni à cacher les morts qu'il avait sur la conscience. Jl me jura que dès son affectation, son chef de bataillon aiQ.éricain réunit tous ses officiers, dont lui, et leur signifia verbalement que tous ceux qui ramèneraient des prisonniers Allemands jou SS) recevraient autant de mois de prison que de prisonniers. Dès leur premier enga gement, son ami ramena 7 prisonniers et il fut jeté en pri son durant quatre mois par ce chefs de bataillon. J'avais un cousin qui, lui aussi à la Libération, s'enga gèa dans les troupes américaines. Dans sa compagnie sé vissait un ancien policier belge dont la spécialité était de récolter les alliances en or des morts, blessés ou civils rencontrés en Allemagne. Mon cousin me certifia avoir vu un jour ce pirate réclamer sa bague à un gros Allemand qui ne pouvait pas la retirer. Ille tua froidement puis lui coupa le doigt pour avoir l'alliance. << Dans le même ordre d'idée, j'ai côtoyé un anesthésiste militaire qui avait fait la guerre dans la brigade belge Piron ,,, Un jour qu'il avait bu, l'ivresse lui déliant la lan gue, il me raconta comment ils s'y prenaient tous pour violer les petites Allemandes affamées, comment ils trafi quaient des biens volés dans les cercueils de morts rapa triés, comment ils volaient, etc. Plus tard encore je pus in terroger d'anciens Waffen SS français et belges qui me ra contèrent comment les Alliés les avaient dépouillés de leurs maigres biens et leur dextérité pour les récolter; dextérité née certainement d'une longue pratique. Ils me racontèrent aussi que tout vol ou viol était puni du peloton d'exécution dans l'armée allemande. Des SS français affamés furent même exécutés pour avoir tué un cerf, bien de l'état alle mand. Je possède des noms, des circonstances etc. Mais à quoi bon continuer sur ce thème ? Conclusion En l'an 2000, en Belgique, nous subissons encore la morgue de nombreux «Résistants,, et leur versons des pensions faramineuses, alors qu'ils ne furent pour beau coup que d'ignobles voleurs et trafiquants. Il me serait fa cile de donner des noms et des précisions ... En vieillissant, je me sens responsable et obligé d'éclairer la jeunesse sur ce que fut l'Qccupation et la Libération. Du moins d'éclairer la jeunesse non encore corrompue et crétinisée par des médias dévoyés depuis 1945. Certes je ne prétend pas re faire l'Histoire, mais uniquement témoigner de ce que j'ai vu de mes yeux et entendu sans erreurs possibles. . Dans mon jeune temps, on enseignait la droiture, le res pect des vieux, des faibles et des femmes, des enfants et des vaincus. Et tout ce que j'ai pu voir allait tellement à l'encontre de cet enseignement, que j'en ressens une grande nausée. J'en suis toujours à ce film que l'on pré sentait dans les écoles chrétiennes durant la guerre d'Es pagne. Intitulé : Juanito croisé d'Espagne et traitant de fa çon très édulcorée des horreurs rouges, il impressionna beaucoup mes jeunes années. TOUTE L'HISTOIRE EST A REVOIR. Et afin de ne plus jamais revivre cela, les jeunes de tous les pays devraient s'unir pour imposer un REVI SIONNISME constant et complet et pour refuser de devoir avaler sans contrôle un ensemble de dogmes imposés. Comme celui de César venant apporter la civilisation en Gaule et y créer des routes, ou comme celui d'un C. Colomb découvreur de l'Amérique alors que ce continent était connu depuis les Troyens, sans oublier les grandes civilisations sud-américaines développées par les Vikings et même par les Templiers. Pour ma part, j'ai accompli mon devoir en témoignant.