La Terre sainte est la France du 14ème siècle
Des chercheurs comme Howdie Mickoski ou Alexei Khrustalev prétendent que la Terre sainte est la France du 14ème siècle. La tradition ou la « légende dorée » de Jacques de Voragine parle en général d’une migration depuis la Palestine de Joseph d’Arimathie, ou encore de Lazare, Marie de Béthany ou Marie-Madeleine. Lazare devient ensuite le premier évêque de Marseille et est enterré à Autun. Joseph d’Arimathie est enterré à l’abbaye de Moutiers, Pilate dont la femme était de Narbonne est enterré en Gaule. Les reliques des Mages, morts en orient, ont été amenées jusqu’à la cathédrale de Cologne. Hélène, la mère de l’empereur Constantin, âgée pourtant d’environ 80 ans, aurait ramené de Palestine des reliques comme la couronne d’épines à Notre-Dame de Paris. Le Saint-Suaire fut vu pour la première fois à Metz et est maintenant à Turin. Ainsi toutes les reliques de la chrétienté sont en Europe occidentale.
Parfois la tradition n’a pas retenu de migration : Anne la mère de la Vierge est née dans le Morbihan. L’Eglise Notre-Dame avait sur sa façade les statues des rois de Judée jusqu’en 1789. Mickoski est favorable au point de vue récentiste : les reliques, pèlerinages et les églises semblent apparaître après l’an 1000. Il note que Montréal, présentée comme un nouvelle Jérusalem et fondée au 17ème siècle, est bâtie selon le modèle de Paris. Montmartre ou le mont des martyrs et ferait un Golgotha acceptable, et les Jésuites sont fondés précisément à Montmartre en 1534. « La Vraie langue celtique » de l’abbé Boudet fait de la langue celtique pratiquée dans le sud-ouest de la France l’hébreu biblique. Boudet fait partie de la bande de prêtres ayant officié dans l’Aude à l’époque de l’abbé Bérenger Saunière et de la fameuse affaire de Rennes-le-Château. L’ouvrage « L’or de Rennes » de Gérard de Sède en 1967 prétendait que Saunière avait trouvé le trésor des Templiers, puis les livres d’Henry Lincoln affirmèrent qu’il détenait la preuve que la famille de Jésus avait transporté sa lignée en France à travers la dynastie des Mérovingiens. A priori, le rapport entre les deux n’est pas direct, et ces ouvrages bénéficient d’un effet de halo, où des faits a priori avérés sont censés prouver des conclusions sans rapport.
Comme Mickoski, je ne crois pas que la famille de Jésus aurait pris le bateau pour la Gaule. J’ajoute que les Mérovingiens sont une invention cachant les Valois, et les Carolingiens les Bourbons.
Gérard de Sède et sa source Pierre Plantard est rempli de fausses informations. Tout d’abord, Sède et Plantard avaient collaboré ensemble auparavant et Sède fait comme s’il venait de le rencontrer. La date du 17 janvier revient régulièrement : c’est la date de la mort de Saunière, puis celle de sa gouvernante Marie Denarnaud (pas l’actrice, une autre), et celle de la mort en 1781 d’une certaine Marie de Hautpoul ayant possédé le presbytère et filleule d’un certain « Montreal » (un nom code). Le 17 janvier Nicolas Flamel aurait transformé l’or en mercure, et le 17 janvier, Robert Fludd, qui aurait visité Rennes-le-Château (?), réalise la pierre philosophale. Tout cela nous dit que Sède et Plantard veulent nous parler d’alchimie. Que de simagrées. Mes excuses pour les experts de la légende si mes détails sont un peu inexacts. Je n’ai pas vraiment envie de m’y consacrer.
La biographie de cette Hautpoul est en partie calquée sur celle de Marie Denarnaud : elle vend car elle n’a pas d’argent mais continue à vivre sur les terres du presbytère. C’est le prêtre Antoine Bigou qui l’enterre dans le cimetière de l’église en 1781. Sur ses instructions, il aurait trouvé trois ou quatre manuscrits dans l’Eglise Saint-Pierre de Rennes-le-Château. qu’il aurait ensuite cachés dans l’église Sainte Marie-Madeleine pendant la révolution. Dans les années 1880, Saunière les aurait retrouvés dans une colonne creuse en faisant des travaux dans l’église. Ceci copie le récit Rose-Croix du 17ème siècle de trois manuscrits, retrouvés dans une église dédiée à Marie-Madeleine qu’on était en train de restaurer.
Puis on prétend que Saunière aurait détruit des tombes du cimetière, mais qu’ensuite les tombes ont été refaites, et notamment l’inscription se rapportant au décès de Marie de Hautpoul. Vraisemblablement Saunière n’a jamais détruit de tombes, mais il a pu graver une épitaphe bidon sur la tombe de Marie de Hautpoul. Celle -ci y est appelée au début « nobile » puis à la fin « catin ». Elle se nomme à la fois de Negri et Blanchefort, en rapport avec deux étapes de l’alchimie, et son nom Hautpoul suggère la « Grande Prostituée » de l’Apocalypse. Il s’agit de Isis, la reine du ciel dans la religion égyptienne. Howie Mickoski penche pour Marie-Madeleine, version christianisée de Isis, compagne d’Osiris comme Marie-Madeleine est celle du Christ. Donc Saunière, si c’est bien lui qui fait cela, attire simplement l’attention sur le culte d’Isis.
Le propriétaire du presbytère après Marie Denarnaud est à partir de 1956 un certain Noël Corbu. C’est lui qui raconte l’histoire à Gérard de Sède. Une partie des falsifications lui sont attribuables ainsi qu’à Plantard et Sède. Il est en effet impossible de prouver l’ancienneté des documents fournis par Plantard. La date de la tombe Hautpoul n’est curieusement pas 1781 mais 1681, et le code 681 se retrouve sur un des parchemins de Plantard. Le dessin de l’épitaphe aurait figuré sur un ouvrage du 19ème siècle d’un auteur connu nommé Steblein, mais l’ouvrage ne fait pas partie de la liste attribuée à cet auteur, et le document est une réédition de 1964, peu de temps avant le livre de Gérard de Sède.
Saunière fait bâtir une villa Béthany et une tour Magdala, ce qui se rapporte évidemment au personnage de Lazare dans l’Evangile de Jean. La momification de Lazare et sa résurrection au commandement de Jésus « lève-toi et marche » est clairement une moquerie du dieu Osiris. L’Evangile de Jean originel ne comporte pas d’épisode de la résurrection ni lé réception de l’Esprit-Saint. Ainsi la résurrection et la réception de l’Esprit-Saint sont des éléments de la religion des Egyptiens, mais pas de la religion de Jean. Une enquête menée par un américain suggère qu’on pratiquait la momification dans le sud ouest de la France.
De passage au Louvre, Saunière aurait acheté les reproductions de Poussin et d’un portrait de Clément V, mais il semble que le Louvre ne les vendait pas à cette époque. Puis il aurait trouvé un trésor dans une crypte. Sède puis Lincoln prennent ainsi pour argent comptant des documents fournis par Plantard qui rattachent Saunière au Graal et ce dernier à une prétendue lignée du Christ à travers les Mérovingiens.
Voici ce qu’on peut résumer du personnage de Saunière : il avait une source de revenus inexplicable. Il s’intéressait au culte d’Isis et Osiris, à l’alchimie, au Graal et aux Cathares. On apprend au détour de quelques phrases que Saunière est soutenu par de généreux mécènes comme Marie-Thérèse de Habsbourg ou John D. Rockefeller. Avec de tels amis, il n’y a pas besoin de trouver un trésor. Et si de tels personnages s’intéressaient aux recherches de Saunière, c’est qu’ils faisaient partie de sociétés ésotériques concernées. Ces sociétés à la fin du 19ème siècle sont puissantes, on pense au premier chef à la franc-maçonnerie. Le lien entre la littérature du Graal et l’alchimie est connu. Il est moins évident de la lier aux Cathares, mais c’est déjà un lieu commun. Que tous ces éléments fassent partie de l’histoire et de la culture française ne fait pas de doute.
Il est admis en général que l’alchimie se développe en France et en Italie à partir du 15ème siècle, mais sont importées depuis l’Egypte. La présence de Temples d’Isis en Gaule n’amène pas en revanche les historiens à conclure que la religion égyptienne proprement dite y était présente. Sans l’affirmer de façon explicite, l’adepte Fulcanelli dans « Les Mystères des Cathédrales » écrit que les vierges noires du sud de la France sont des statues d’Isis, accompagnée en général de l’enfant Horus. Et – séparément – pointe les représentations alchimiques des cathédrales gothiques, là où la symbolique chrétienne manque parfois. René Schwaller de Lubicz écrit que les cathédrales sont bâties sur le modèle du Temple de Luxor. La cathédrale de Tournus présente une inscription dans la pierre avec le nom d’un évêque du 12ème siècle et suggère qu’il était… un prêtre d’Isis. A Arles ou Chartres il y avait un Temple d’Isis, sur le lieu de Notre-Dame de Paris, un Temple de Jovis. La carte de Paris de Sebastian Munster de 1545 dans sa version latine fait figurer à la place de Notre-Dame la mention « Summum Templum » et le dessin d’une église qui n’est pas Notre-Dame. Il est admis qu’à Rome comme à Paris, la basilique Saint-Pierre comme Notre-Dame sont bâties sur le lieu-même de l’ancien Temple de Jovis. Les cartes de Paris appellent ensuite l’ancienne église Notre-Dame, jusqu’à ce que la Notre-Dame actuelle apparaisse sur les cartes aux alentours de 1600. Néanmoins, il semble que dans beaucoup de cas, le Temple égyptien a simplement été converti en église chrétienne.
La religion égyptienne supposée est la superposition de plusieurs cultes qui ne se mélangent pas. Râ, Ptah ou Atoum ne sont pas présents dans le récit autour d’Hermès, Isis, Osiris et Seth. La Gaule ne connaît que ces figures-ci. Hermès semble être une des formes de Mithra. Ainsi Hermès et Osiris représentent les messies issus de la réforme du Temple par le roi David dans le Premier Livre des Chroniques : à la lignée d’Ithamar, David adjoint une lignée d’Eleazar (faussement présentés dans le Livre des Nombres comme les fils d’Aaron). Il s’agit de Mithra et Osiris. Hermès est en général rapproché du dieu égyptien Thôt, mais Hermès correspond à Mitra ou Moïse, lui aussi un magicien. Thôt est David. La tradition juive prétend qu’il existe deux messies : un messie de Joseph nommé Ephraïm présenté comme le messie sacerdotal, et un messie de David qui est un messie guerrier. Ephraïm est une déformation d’Ithamar, aussi Mithra est le messie de Joseph. Si ce Joseph est le Joseph du Livre de la Genèse premier ministre d’Egypte, la version locale de Mithra est le dieu Amon. Le messie de David est donc Eleazar. Les Livres des Nombres et des Chroniques présentent Eleazar comme plus important qu’Ithamar, comme Osiris est plus important qu’Amon.
Mithra et Osiris ont des rituels d’initiation associés à leur nom dans la maçonnerie, ce qui identifie la maçonnerie comme la continuation du Temple de David. La maçonnerie se réclame aujourd’hui du Temple de Salomon, mais il peut s’agir d’une déformation apportée par la réforme hanovrienne de 1723 de la maçonnerie anglaise.
Les Cathares étaient-ils donc de religion égyptienne ? Si le nom de Isis est connu en Gaule, on ne mentionne pas Osiris, mais Jovis (Yahvé). En termes de doctrine, ils sont assez proches des Gnostiques chrétiens d’Alexandrie. Les Gnostiques d’Alexandrie du 2ème siècle suivent l’Evangile de Marc. Marc suit l’influence de Paul. Les Gnostiques d’Alexandrie sont donc probablement identiques à la secte des Pauliniens du 7ème siècle en Europe de l’est. On prétend que les Pauliniens sont à l’origine d’une autre secte au 12ème siècle : les Bogomiles. Probablement les trois groupes sont identiques et correspondent aux 15ème ou 16ème siècle.
Comme les Gnostiques et les Musulmans, les Cathares pensent que le véritable Jésus n’est pas de chair et n’est donc pas mort sur la croix. Le dieu mauvais -qu’ils nomment Rex Mundi (Ialdabaoth est un nom utilisé par les Gnostiques d’Egypte) – a créé le monde matériel. Il est le dieu de l’Ancien Testament, qu’ils rejettent, bien qu’ils admettent les dix commandements. Ils n’admettent pas non plus le Nouveau Testament, mais seulement certains textes non précisés. On suppose qu’il s’agit de l’Evangile de Jean ou d’un Jean « secret », mais c’est peu probable, car la petite Genèse au début de l’Evangile de Jean fait de Jésus le logos, le verbe créateur de Dieu, le rôle que les Cathares assignent au démiurge. L’Eglise johannite moderne prétend que les Cathares avaient leur Evangile de Jean court, dépourvu des épisodes de la résurrection et postérieurs. Mais cet évangile possède aussi la petite Genèse. De plus, si les Cathares vénéraient Lazare (Osiris), l’Evangile de Jean se moque de lui. Quant à Isis ou Marie-Madeleine, l’Apocalypse de Jean en fait la Grande Prostituée.
Les marcionites d’Alexandrie admettent les lettres de Paul et l’Evangile de Marc, mais il est peu probable que les Cathares aient admis Marc. En effet Marc présente le baptême de Jésus dans les eaux du Jourdain par Jean-Baptiste. Or les Cathares rejettent ce baptême au profit du seul baptême de l’Esprit-Saint, qui correspond à la réception de l’Esprit par les disciples sous forme de langues de feu dans les épisodes des Evangiles postérieurs à la résurrection – précisément ceux que n’admettent pas l’Eglise johannite.
Ce baptême chez les Cathares prend la forme d’un sacrement unique, le Consolamentum, qui est une simple prière, et enlève les péchés de la personne. Ce consolamentum ne peut être pris qu’une seule fois dans la vie. Aussi beaucoup ne le recevaient qu’à la fin de leur vie. Ce sacrement a pu devenir l’extrême onction dans la religion romaine. Ceux qui le recevaient plus tôt dans la vie devenaient des parfaits et leurs obligations changeaient. Il ne leur était plus possible de toucher une personne du sexe opposé. Les parfaits allaient cependant par couple d’un homme et une femme, nomades.
Comme chez les Gnostiques d’Alexandrie, l’âme pour les Cathares est la part divine en l’homme et est assimilée à une étoile. Ils se font appeler les « pauvres du Christ », se disent errants. Le début de l’année se marque par un repas en commun où on bénit et partage le pain. Ils étaient végans car les animaux recevaient également une âme, à l’exception du poisson qu’ils mangeaient car ils croyaient qu’il ne se reproduisaient pas par la sexualité. La sexualité est autorisée pour ceux qui ne sont pas parfaits, mais pas pour la reproduction, qui condamne une âme à s’incarner
Pour les Cathares, le Jugement dernier a déjà eu lieu et nous sommes en enfer. Comme les Bouddhistes, les Cathares veulent briser le cycle de réincarnations, mais le nombre de réincarnations est limité à 7 ou 9. L’expression « les chats ont neuf vies » peut venir de là. Le chat a une réputation d’animal maléfique au 17ème siècle et l’église les brûle, comme les Cathares finiront sur le bûcher. Les Gnostiques d’Alexandrie et les Marcionites ne semblent pas avoir été aussi radicaux.
Les Cathares prétendent être les premiers Chrétiens, persécutés comme l’ont été les apôtres et les martyrs. Leur proximité avec la doctrine égyptienne leur vaut apparemment le surnom d’Egyptiens. Irénée de Lyon – johannite – attaque les Gnostiques, mais il s’agit vraisemblablement d’une secte proche de lui géographiquement. Son alter ego Giordano Bruno – de la secte des Giovanni – dénonce lui les Egyptiens. Plus tard, ce surnom d’Egyptiens donné aux Cathares les fera appeler Gitans. De même dans l’est, les Bogomiles deviendront les Bohémiens. Comme les Frankistes un siècle plus tard (18ème siècle), les Gitans finissent par rejoindre l’Eglise catholique romaine, et plus récemment les mouvements évangélistes.
C’est l’Eglise johannite moderne qui prétend que le dernier Grand-prêtre du Temple de Jérusalem a donné son titre à l’Ordre du Temple chrétien pendant les Croisades, et que l’Ordre du Temple avait pour texte sacré l’Evangile de Jean. L’Ordre du Temple et son Eglise johannite auraient continué secrètement d’exister après la destruction de l’Ordre du Temple en 1314 jusqu’à aujourd’hui. L’Histoire médiévale raconte autre chose : les richesses et territoires que possédait l’Ordre du Temple ont été confisquées et données à l’Ordre des Hospitaliers de Saint-Jean. Certains attribuent ce transfert de propriété à Philippe le Bel. D’autres sources disent que c’est Charles-Quint (1520-1566) qui a donné les possessions des Templiers, entre autre Rhodes (Rome ?), aux Hospitaliers de Saint-Jean.
Après la destruction du Temple par Nabuchodonosor, le prophète Jérémie se rend auprès des Juifs réfugiés en Egypte. Il leur reproche d’adorer la reine du ciel, ce qui serait la cause de tous leurs malheurs. La reine du ciel est Isis, identifiée clairement à la planète Vénus par Pline l’Ancien. Ishtar étant la version babylonienne d’Isis, le tandem Ishtar et Marduk ou les Esther et Mardochée du Livre d’Esther sont la Grande Prostituée et la Petite Bête de l’Apocalypse. Marduk est en effet représenté comme un dragon à deux cornes. Dans la version chrétienne, Esther et Mardochée pourraient être représentés par Marie-Madeleine et Joseph d’Arimathie. Dans l’Apocalypse de Jean, l’auteur accuse les adorateurs de la Grande Prostituée comme « ceux qui se disent Juifs et qui ne le sont pas ». Ainsi, là où Jérémie accuse les Juifs d’Egypte de déviation, Jean de Patmos prétend qu’ils ne sont plus des Juifs.
Ainsi la « Cité » de Jérusalem aurait été l’île de la Cité à Paris, justement nommée « île aux Juifs ». C’est là que le dernier maître de l’Ordre du Temple – Jacques de Molay – est condamné, supposément au bûcher. Le récit des Epîtres du Nouveau Testament donne un éclairage sur cette époque : puisque on y parle d’une Eglise de Jérusalem dirigée par Jacques le frère du Seigneur, et que Jacques a également été assassiné par le pouvoir romain. Flavius Josèphe parle également de l’assassinat de Jacques, mais le présente comme le sacrificateur du Temple : ainsi l’Eglise de Jérusalem des épîtres et le Temple de Jérusalem ne font qu’un. Le Temple à cette époque est chrétien, mais seul Paul appelle le Seigneur « Jésus-Christ ». Les autres épîtres ne nomment que le Seigneur.
Après la destruction du Temple de Jérusalem (1550), les « Juifs » obtinrent le droit de continuer le culte à Avignon (la Yavné antique). Mais la conversion d’Henri IV en 1594 leur fait perdre sa protection et ils sont expulsés en 1597. Ils quittent alors la France pour l’Ecosse où William Saint-Clair crée la première loge maçonnique à Rosslyn en 1598. On parle de maçonnerie jacobite, par rapport à la maçonnerie hanovrienne réformée de 1723. On prétend que la cause jacobite désigne la cause de James III Stuart d’Angleterre. Le niveau de dévotion des Jacobites suggère plutôt une référence à Jacques de Molay. Les deux grades de Chevalier de Saint-Jean et de Chevalier du Temple existent dans la franc-maçonnerie, mais il doit s’agir d’un syncrétisme de la franc-maçonnerie hanovrienne.
Les Templiers atteignent également les Etats-Unis, où ils font partie des premiers immigrants. De là viennent la notion que des « Egyptiens » ou des Templiers auraient autrefois visité l’Amérique. Les premiers sont sans doute de vrais Templiers et les seconds des Johannites. Les pères fondateurs Thomas Jefferson et Benjamin Franklin, francs-maçons, maintiennent également cette tradition.
L’archéologie attribue les vestiges des Premiers Chrétiens de Rome au courant de Jean, mais les Etats de l’Eglise n’apparaissent pas sur les cartes avant 1550. Il semble donc que la Jérusalem qu’était Paris soit devenu un nom pour désigner la ville de Rome. Mais Charles-Quint est poussé à abdiquer en 1556. Les johannites seront désormais également en difficulté avec Rome, puisque Giordano Bruno meurt sur le bûcher en 1600.
En ce qui concerne les récits du Graal, avant la version plus ou moins définitive proposée par Thomas Mallory, quatre versions principale ont été proposées : l’original gallois ou breton, le récit de Chrétien de Troyes qui s’en inspire, le récit de Robert de Boron et celui de Wolfram von Eschenbach. Les versions médiévales sont contemporaines de l’époque des Cathares, les 12ème et 13ème siècle. Les croisades contre les Cathares datant en réalité du 17ème siècle, ces récits sont probablement aussi de cette époque, et contemporains des récits des Rose-Croix.
Les Chevaliers de la Table ronde sont dans la version galloise les chevaliers de la Rotonde, c’est-à-dire une église ronde, ou un cromlech.
Chrétien de Troyes ne fait pas de lien entre le Graal et le Christ et ne parle même pas de Graal mais d’un objet sacré lumineux. Sa biographie dit qu’il avait pour mécène Marie de Champagne, veuve en 1181 du roi Henri II d’Angleterre, mort aux croisades. Son récit est basé sur la version celtique de Peredur. Il évoque une procession chez le roi pêcheur avec une lance, un chandelier, l’objet lumineux sacré, et un plateau d’argent. Plus loin, une femme pleure car son mari a été décapité. Ainsi la tête coupée n’est pas ici sur le plateau. Si on voit la lumière de l’objet, aucun péché ne peut alors nous toucher. Les objets de la procession peuvent faire penser aux objets du Temple de Jérusalem et le mari décapité à Jacques de Molay, pleuré par son église. Les récits contemporains prétendent qu’il a été simplement brûlé, mais il était fréquent qu’on pende ou qu’on décapite (pour les personnages importants) le condamné avant le bûcher. Henri II d’Angleterre est sans doute Henri II de France (1547-1559), le dernier roi chevalier, dont l’emblème est encore le croissant de lune.
Le « Merlin » de Robert de Boron vers 1200 christianise le récit. Boron aurait épousé la fille du roi de Jérusalem et serait devenu une sorte de roi de Chypre, ce qui le rattache aux Hospitaliers de Saint-Jean. Le Graal est la coupe qui a contenu le sang du Christ, récupéré par Joseph d’Arimathie. Cette coupe aurait été ramené lors de la quatrième croisade en Grande-Bretagne, soit peu avant que Boron écrive son texte. Il ajoute une tête d’homme sur le plateau. Perceval échoue à guérir le roi pêcheur en oubliant de demander à qui appartient cette tête. On pense bien entendu à Jean-Baptiste, le patron des Hospitaliers. Otto Rahn qui enquête dans le sud ouest français sur le Graal dit que Boron a menti.
Wolfram von Eschenbach – qui aurait écrit peu après – ne parle pas de Boron, mais prétend corriger les erreurs de Chrétien de Troyes. Wolfram rapproche explicitement la quête du Graal des Templiers, mais aussi de motifs alchimiques et relatifs à l’Egypte, qui le rapproche des Gnostiques d’Alexandrie et des hermétistes.
Le Graal est ici une pierre appelée lapis exilis, soit le nom de la pierre philosophale en alchimie. Lorsqu’elle touche le phénix, elle le consume et il renaît de ses cendres. Le phénix est relié à l’Egypte chez Pline l’Ancien. Les pierres similaires sont des fragments d’étoiles que Lucifer en chutant sur Terre a entraînées avec lui. Ici, le graal est clairement la part divine en l’homme des gnostiques, représentée par Vénus dans la symbolique. Wolfram dit que le Graal est gardé par les « Templésiens » à Montsalvat, que Otto Rahn a voulu identifier à Montségur. Wolfram parle aussi de « Gardiens du Temple » et cette expression vient de lui. Ici, les femmes peuvent chercher le Graal, ce qui rappelle l’égalité des sexes chez les Cathares. Dans sa version, le roi pêcheur est un prêtre-roi et la messe se rapproche de l’épisode du dernier repas. Le frère de Parsifal épouse la porteuse du Graal et part avec lui en Inde, où il a un fils nommé Jean, premier d’une longue lignée de Jean.
Howie Mikovsky relie les éléments donnés par Wolfram à l’hermétisme, et in fine à la Gaule. Hermès a une pierre du ciel qui lance des étincelles qu’il donne à Hercule. Hercule est enterré avec la pierre à Montreal dans le sud-ouest français. Christian Rosencreutz, le héros Rose-Croix, aurait aussi été enterré dans les montagnes de l’Albigienses. Les histoires des Rose-Croix et celles du Graal étant de la même époque, et sans doute issus des mêmes groupes, les parallèles ne sont pas étonnants.
Les croisades auraient été en partie inventées pour expliquer le fait que les rois de Jérusalem sont français. Mais la Judée est province romaine, alors que la seule « province romaine » identifiable sur les cartes est la Provence. Jules César (Eleazar) a une action militaire en Judée, mais également en Gaule. Or Francesco Carotta dans « Jesus was Caesar » a montré les très nombreux parallèles entre la vie de Jules César et le Jésus des Evangiles.
Un certain nombre d’ordres de chevalerie sont fondés au 12ème siècle dans l’intention de protéger les pélerins de Terre sainte. L’un d’entre eux est nommé l’Ordre de Saint-Lazare : il désigne le culte d’Osiris. L’Ordre du Saint-Sépulcre est fondé en 1099 en même temps que le Royaume de Jérusalem. Son symbole est une croix templière sur fond jaune. C’est une variante de l’Ordre des Hospitaliers de Saint-Jean.
Le premier roi de Jérusalem est Godefroy de Bouillon, suivi de son frère Baudouin de Flandres. Le roi suivant Baudouin II en 1118, bien que non apparenté, appelle Godefroi et Baudouin Ier ses frères. Il est faux de prétendre que Godefroy est le premier roi de Jérusalem. D’autres ont porté ce titre avant lui.
En 1113 sont fondés les Hospitaliers de Saint-Jean. Chastes, ils n’obéissent qu’au pape. On prétend que la croix des Hospitaliers est blanche sur fond rouge: elle est rouge sur fond blanc, et faussement attribuée aux Templiers, qui n’ont pas la croix comme symbole. La croix à huit pointes est bien dite croix de Malte et non croix templière.
Les représentations de Charles-Quint ou Caïphe les associent au croissant et à une étoile – et non une croix – à huit branches. Il s’agit d’une version archaïque du drapeau ottoman. L’association du croissant et de l’étoile pourrait être une tentative de syncrétisme entre la religion d’Henri II (l’osirisme) et celle de l’Evangile de Jean. Dans le Coran, l’auteur prétend créer la religion parfaite par la synthèse de la religion des Juifs, dont le messie est Usayr (Osiris) et de celle des Nazaréens, dont le messie est Issa. Dans l’Evangile de Jean, Jésus est appelé le Nazaréen et non le Galiléen comme dans les autres Evangiles.
En 1486, Innocent VIII fusionne l’Ordre du Saint-Sépulcre et les Hospitaliers. Mais en 1496 Alexandre VI restaure son indépendance. Innocent VIII réalise donc la volonté de l’auteur du Coran, généralement considéré comme le prophète Mahomet. Innocent VIII est Giovanni Batista Cybo, pape de 1484 à 1496, présenté comme inquisiteur. Or pour les Cathares, le personnage de Jean-Baptiste préfigure l’Antéchrist.
En 1119, Hugues de Payns fonde l’Ordre des Templiers. En 1129 il est reconnu par le pape qui leur confie la mission de protéger les pèlerins de Terre sainte. Les chevaliers doivent rester chastes. En 1139, il est admis qu’ils ne rendent compte qu’au pape et sont exemptés d’impôt. On voit bien qu’il s’agit du récit concernant les Hospitaliers de Jean, et non les Templiers eux-mêmes. Il existe une branche féminine. Ceci préfigure le catholicisme avec ses moines et sœurs célibataires.
En 1305, le pape d’Avignon Clément V veut fusionner les ordres Templiers (Jacques de Molay) et Hospitalier (Fouque de Villerette). En 1307 Molay est arrêté car Philippe le Bel lui devait de l’argent. Les Hospitaliers auraient alors remplacé les Templiers dans leurs missions en Terre sainte contre les Musulmans. En réalité, la croisade a eu lieu contre les Templiers. Il s’agit de Philippe le Beau, de son fils Charles-Quint (1530-1556) et du pape de Rome Clément VII. Ainsi les Hospitaliers ne s’installent à Malte qu’en 1530 et jusqu’en 1798. On prétend qu’ils luttaient contre les pirates et ne combattaient pas les Turcs. Comment est-ce possible si la grande bataille navale de Lépante contre les Turcs a eu lieu en 1571 ? En 1798, les Hospitaliers se seraient installés à Rome et seraient devenus l’Ordre de Malte. Mais ceci n’a guère de sens. Les Hospitaliers sont devenus l’Ordre de Malte en 1530 et luttaient contre les Turcs. En 1798, à l’époque de la piraterie barbaresque, ils se consacrent à la lutte contre ce fléau.
Le quatrième ordre des Croisades est celui des Chevaliers Teutoniques, encore une copie de l’histoire des Templiers et des Hospitaliers en Terre sainte. Les Chevaliers Teutoniques représentent en réalité la résistance des Juifs d’Allemagne – et non protestants – aux guerres de Charles-Quint. En 1809, Napoléon dissout les Chevaliers Teutoniques, puis les réinstaure sous la forme d’une association non militaire. En 1938 les Nazis interdisent à nouveau les Chevaliers teutoniques avant leur restauration en 1945.
En 1612, 1615 et 1616 sont publiés les textes Rose-Croix. Ils sont produits en Allemagne et sont probablement contemporains des récits du Graal. Ils reprennent l’antienne des Jésuites de réaliser l’Eglise universelle, à la condition désormais qu’il ne s’agisse pas de l’Eglise de Rome.
Howie Mikowski identifie dans la Compagnie du Saint-Sacrement (1630-1660) et la Compagnie de Saint-Sulpice (1641-1660) une forme de résurgence du catharisme. C’est crédible en ce qui concerne la Compagnie du Saint-Sacrement, mais la Compagnie de Saint-Sulpice est johannite. Mikowsky est abusé par les liens de Saint-Sulpice avec la ville de Montréal, qui est aussi le nom d’une localité près de Rennes-le-Château, et suggère une étymologie liée au Graal. Chronologiquement les Cathares ne sont pas encore encore vaincus puisque leur défait terminale intervient pendant le règne de Louis XIV. Vraisemblablement 1660 est la date butoir pour les trois entités. Comme le dit Mikowski, Poussin – le peintre star de Rennes-le-Château – arrête aussi de peindre à cette époque. Entre 1618 et 1648, les allemands sont en guerre avec Rome. En 1660, les johannites comme les égyptiens sont vaincus en France.
La Compagnie du Saint-Sacrement est fondée par Saint Vincent Depaul. Né en 1576, il aurait été esclave des Turcs et y aurait appris l’alchimie. Il prétendait faire parler la tête des morts. En 1609 il aurait accepté une mission secrète de Henri IV. En 1630 il fonde la Compagnie du Saint-Sacrement. Officiellement elle se consacre à l’évangélisation, la gestion d’hôpitaux, orphelinats et prisons. Mais dans ses statuts, la première obligation est curieusement le secret. On ajoutera que le sacrement est au singulier, ce qui rappelle effectivement les Cathares dont le seul sacrement est le Consolamentum. Avant sa conversion au catholicisme, Henri IV est présenté comme un « calviniste ». Mais Calvin n’a pratiquement pas de désaccord avec l’église romaine. Henri IV était sans doute un cathare et il était roi de Navarre un territoire très proche. Apparemment en 1609 il entretenait toujours un lien avec son ancienne foi. La grande famille des Guise aurait possédé des terres dans le Languedoc, à Couiza (Guise ?) notamment. A sa mort en 1640, l’épouse d’un duc de Guise réfugié en Italie est contrainte de rendre ses terres à l’archevêché de Narbonne pour rentrer en France. Ainsi, le chef de la Ligue catholique qui tenait Paris à l’approche des troupes d’Henri III et Henri de Navarre aurait été un cathare ?
De 1641 à 1660, une autre organisation, la Compagnie de Saint-Sulpice, dirigée par Jean-Jacques Ollier, est active. Il est prétendu que Jacques Cartier, représenté en tenue de croisé, a fondé Montréal en 1530. Mais la Compagnie Saint-Sulpice fournit une autre histoire de sa fondation Ollier aurait envoyé 50 personnes en 1642 fonder une colonie en Nouvelle-France qu’il nomme Villemarie. Les quatre fondateurs sont une femme et trois hommes – le même nombre que les bergers d’Arcadie dans les tableaux de Poussin. Les membres de la colonie, renommée Montréal, auraient été adoubés comme des Croisés, c’est-à-dire qu’il s’agit de Chevaliers de Malte. La fête nationale du Québec est le 24 juin, jour de la Saint Jean-Baptiste, patron des chevaliers de Malte. La cathédrale Notre-Dame de Montréal est dédiée à Marie, Joseph et Jean-Baptiste, et présente beaucoup de symboles johannites. La ville est conçue comme une Nouvelle Jérusalem, mais avec pour modèle Paris.